Avant de rouvrir ce coffre à merveilles, dont on connaît certains recoins par cœur, penchons-nous sur la tradition orale, ou comment les chansons de Daniel Johnston nous ont été transmises. Quand elles nous furent présentées pour la première fois au début des années 90, on n’aurait pu écouter, ni même entendre, ces diamants bruts sous cette forme-là. Il a fallu que Yo La Tengo et The Pastels se chargent de reprendre Speeding Motorcycle On ne remerciera donc jamais assez ces passeurs de nous avoir aiguillé sur le cas Daniel Johnston. Les premiers ralentirent ce caillou d’optimisme lancé à la face du monde, en gravant la merveille immortelle qui enlumina Fakebook (1990), leur prodigieux disque de reprises acoustiques. Les Écossais, eux, en firent quasiment une relecture festive, pas si inoubliable que ça rétrospectivement, mais qui avait le mérite de mettre un terme à une absence discographique de près de deux ans. Les anciens nous montrèrent ainsi la porte d’entrée, mais avions vraiment les clés ?
Plus encore que pour Can, Sonic Youth ou le jazz, on a dû se faire violence pour entrer dans la chasse au trésor dans les terres de Daniel Johnston, remettre en question notre définition d’une chanson et de la manière de l’interpréter. Car découvrir ces deux albums, aujourd’hui réédités, fut aussi dérangeant que bouleversant. Le néophyte y entendra un fou. Ça tombe bien, Danny est fou. Ou plutôt pas encore tout à fait cinglé à l’époque (1983-85). Il n’est encore qu’un illuminé qui identifie très bien ses tendances maniaco-dépressives : hyperactif quand il s’agit de musique et de dessin, feignasse pour tout le reste. Au détour de la traque du Down By Law (1986) de Jim Jarmusch, Roberto Benigni fait cette simple déclaration : “It’s a sad and beautiful world”. Daniel le sait, et il veut tout dire, très vite, sans se soucier de la qualité formelle de ce qu’il met sur bande. Il enregistre des cassettes à Houston, dans le garage de son grand frère chez qui l’inadapté a trouvé un refuge, où il installe deux magnétos, deux claviers, un ukulélé, quelques micros, trois fois rien, en somme. On raconte que plus tard, ne disposant pas d’un duplicateur idoine, Danny réenregistrait d’une traite chaque album pour son destinataire.
C’est dire l’urgence à communiquer du garçon, un surdoué parti de rien (il ne connaissait peu ou prou que les Beatles et Bob Dylan), comme s’il savait peut-être que les choses allaient mal tourner. Bien sûr, on pourrait divaguer sur l’artiste en tant que cas psychiatrique. Pour notre part, se contentera de dire que si les chansons de Daniel Johnston sont aussi essentielles, c’est parce qu’elles sont sûrement parmi les plus honnêtes qu’on n’a jamais entendues. Comme chez les plus grands, elles sont une question de vie ou de mort. Moins de trente ans après leur enregistrement, on est sidéré par leur stature de pop songs définitives, qu’elles gardent en l’état, et non plus sous forme de reprises domestiquées. Ou comment passer du bon sauvage débile à celui de classique. Tenez-le vous pour dit : il y a plus de génie, de passion et d’humanité dans une chanson de Daniel Johnston que dans toute la discographie de Radiohead. Que le terme lo-fi, ne soit, au nom du ciel, plus jamais prononcé.
Plus encore que pour Can, Sonic Youth ou le jazz, on a dû se faire violence pour entrer dans la chasse au trésor dans les terres de Daniel Johnston, remettre en question notre définition d’une chanson et de la manière de l’interpréter. Car découvrir ces deux albums, aujourd’hui réédités, fut aussi dérangeant que bouleversant. Le néophyte y entendra un fou. Ça tombe bien, Danny est fou. Ou plutôt pas encore tout à fait cinglé à l’époque (1983-85). Il n’est encore qu’un illuminé qui identifie très bien ses tendances maniaco-dépressives : hyperactif quand il s’agit de musique et de dessin, feignasse pour tout le reste. Au détour de la traque du Down By Law (1986) de Jim Jarmusch, Roberto Benigni fait cette simple déclaration : “It’s a sad and beautiful world”. Daniel le sait, et il veut tout dire, très vite, sans se soucier de la qualité formelle de ce qu’il met sur bande. Il enregistre des cassettes à Houston, dans le garage de son grand frère chez qui l’inadapté a trouvé un refuge, où il installe deux magnétos, deux claviers, un ukulélé, quelques micros, trois fois rien, en somme. On raconte que plus tard, ne disposant pas d’un duplicateur idoine, Danny réenregistrait d’une traite chaque album pour son destinataire.
C’est dire l’urgence à communiquer du garçon, un surdoué parti de rien (il ne connaissait peu ou prou que les Beatles et Bob Dylan), comme s’il savait peut-être que les choses allaient mal tourner. Bien sûr, on pourrait divaguer sur l’artiste en tant que cas psychiatrique. Pour notre part, se contentera de dire que si les chansons de Daniel Johnston sont aussi essentielles, c’est parce qu’elles sont sûrement parmi les plus honnêtes qu’on n’a jamais entendues. Comme chez les plus grands, elles sont une question de vie ou de mort. Moins de trente ans après leur enregistrement, on est sidéré par leur stature de pop songs définitives, qu’elles gardent en l’état, et non plus sous forme de reprises domestiquées. Ou comment passer du bon sauvage débile à celui de classique. Tenez-le vous pour dit : il y a plus de génie, de passion et d’humanité dans une chanson de Daniel Johnston que dans toute la discographie de Radiohead. Que le terme lo-fi, ne soit, au nom du ciel, plus jamais prononcé.