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The Angel & Daniel Johnston (DVD) de Daniel Johnston

chronique d'album
Après The Devil And Daniel Johnston il y a trois ans, c’est en compagnie de The Angel que Daniel Johnston refait sa vie en DVD. Un manichéisme mystique qui nimbe la carrière entière de l’Américain, d’une musique qui titube entre ennemis invisibles, détresse folle et espérances déraisonnées, à des dessins où se bousculent monstres hideux, super héros et croix gammées, en passant par la dévotion des admirateurs et la bile des médisants. Pourtant, loin de toute bondieuserie, Daniel Johnston figure peut-être l’Homme dans sa plus pure incarnation, capable de déclencher chez ses congénères, par sa sincérité crue, les sentiments les plus altiers.

Et ce concert filmé en juillet 2007 dans une chapelle (tiens donc) d’Islington en Angleterre en est une nouvelle preuve. Un premier DVD live dédié à DJ pour une chouette réussite scindée en quatre parties. D’abord, Daniel Johnston seul à la guitare ou au piano. Puis, accompagné d’Adem (orgue et guitare) et James Yorkston (harmonium et guitare). Ensuite, affublé du seul Brett Hartenbach à la six-cordes. Enfin, entouré par un quintette décapant. Au fil des formations, la science décalée qui agit sur disque s’incarne sous nos yeux, où un type ventru pas loin d’être complètement déglingué, atteint d’un vieillissement précoce, habillé en pyjama et perclus de spasmes qui manquent d’envoyer le micro à l’autre bout de l’église à chaque tremblement, dénude la musique avec un instinct bouleversant.

L’attention des musiciens qui se succèdent sur les planches, toujours à l’affût des approximations de Daniel, est touchante, comme le recueillement d’un public dévoué. La setlist mêle rengaines confirmées (True Love Will Find You In The End, Walking The Cow), chansons récentes (Mean Girls, Try To Love) et instants saisissants (Some Things Last A Long Time, Go, Devil Town, “la meilleure version de The Story Of An Artist, selon les propres mots de l’artiste). On ajoutera à l’affaire un filmage sans fioritures, et les bonus de coutume, dont une interview où, la clope au bec, avec une attitude d’aliéné et un humour aiguisé, le compositeur bancal avoue sa joie présente (“c’est ma première standing-ovation”, crâne-t-il) et son envie de poursuivre, coûte que coûte. Éventuellement au programme : deux nouveaux albums, un Live In Japan, un autre disque avec Mark Linkous, et une comédie. Le grand Daniel de conclure par ses mots, qui augurent de beaux jours à la mystique : “I will be back, no doubt, again and again”.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #129


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