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"Tu n'aimes pas vraiment sa musique en fait ? Tu l'écoutes juste parce qu'il est débile". Parfois dans la vie, las d'argumenter face à l'ignorance, fatigué de rétorquer à l'idiotie, on préfère simplement conseiller à son contradicteur d'aller se faire foutre. On peut aussi utiliser la violence, mais dès que retentissent les premières secondes du nouvel album de Daniel Johnston (cible de la diatribe), on préfère agiter ses poings d'une toute autre façon.


C'est même le corps tout entier qui s'affole furieusement au son de Rock This Town, boogie-rock lo-fi rugueux, saignant et fracassé. Le Daniel Johnston Massacre s'invente et se consume durant ces six minutes transpirantes d'une fougue effarante. L'Américain est donc bien ici au meilleur de sa (mé)forme, et signe avec Lost And Found un disque (presque) parfait. Celui de l'immaturité jouissive, du pur instinct musical, des compositions aussi bancales que jubilatoires, aussi enjôleuses que douloureuses. Par quel miracle un piano aussi chaotique soutient, accompagne puis sublime l'excentrique Foolin', mélodie pénétrée et éclairante ? Allez comprendre. Daniel Johnston est un magicien hésitant qui foire parfois ses tours (les trois ratages successifs malignement placés au coeur de l'album, dont le quasi inaudible Mrs Daniel Johnston), mais éclabousse le plus souvent l'auditeur d'une inspiration tantôt luminescente (la lyrique et poignante ballade History Of Our Love), tantôt tapageuse (l'épique The Beatles, nouvel hommage diablement groovy rendu aux Fab Four).

Et tel un Cupidon lassé de propager l'amour benêt, le songwriter nous transperce toujours le cœur par ses paroles chargées d'une tendresse empoisonnée, en contant sa détresse, ses amours et ses désirs avec des mots d'une simplicité et d'une pertinence si désarmantes que nous endurons, nous aimons et nous désirons avec lui. Aucun autre artiste n'est capable de véhiculer avec cette crudité une telle compassion, l'un des sentiments les plus nobles qui soit et que les détracteurs de Johnston ont trop souvent confondu (jusque dans ces pages) avec cette soi-disant complaisance tant reprochée à ses fans. Ces deux mots-là ont une syllabe en commun que l'étroitesse d'un esprit brûlé par le cynisme et un second degré fumeux les empêche sûrement de dépasser, pour finalement n'éprouver que de la condescendance. Mais loin de moi l'idée d'accabler ces âmes égarées. Ne répondons pas au mépris par le mépris, mais plutôt par une saine bienveillance. Fear Yourself, Love Your Enemies : c'est Daniel qui me l'a appris.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #101


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JsuisPaCritique - 25/12/2011 10:04
J'ai découvert Daniel Johnston et sa Lonely Song en regardant Louise-Michel de Gustave Kervern et Benoît Delépine.
Les coups de foudre sont rares, c'en est un, j'ai pas cherché midi à 14 heure, j'ai plutôt cherché ma carte bancaire pour acquérir ce cris d'amour ou de compassion je sais pas.
Excellent album, c'est très beau et ça s'explique pas, ça se vie.

Y a un petit côté de New Order, un mélange de naïveté et de complexité, un air de voix des Pixies, c'est cru.
Et puis c'est surtout un truc original sur lequel j'éviterai de mettre une étiquette.