Il y a une dizaine d'années, Dominique A, interviewé après une session radiophonique, nous donnait ce conseil précieux en guise d'épilogue : "Écoutez Daniel Johnston!"Grand bien nous en prit, ou plutôt grand mal, car cette instruction allait changer notre existence, pauvres de nous. La découverte d'un bonhomme obèse et fêlé, songwriter prolifique en provenance du Texas, modifierait donc à jamais notre rapport à la musique et notre sensibilité. Auteur d'innombrables productions en format cassette, fan des Beatles et des super héros Marvel, illuminé notoire sous influence médicamenteuse, modèle pour nombre d'icônes pop (Matt Groening, plus connu en tant que créateur des Simpsons, Kurt Cobain, les membres de Sonic Youth ou des Pastels, la liste est très longue), Daniel Johnston habitait un costume trop grand pour lui : celui du génie méconnu et dérangé, comme le portait avant lui un de ses héros fétiches, le grand Rocky Erickson de 13th Floor Elevators. À l'arrivée, on le considérera plutôt comme un artisan habité, besogneux et insatiable, prompt à noircir ses cahiers de morceaux séminaux et inspirés ou à multiplier les dessins inspirés des comic books de son enfance, dont le sujet se limite à la quête du grand amour, à l'idolâtrie de ses modèles, à la reconnaissance de son existence de freak paumé, à la terreur que lui inspire le diable. Signé sur une major qui le licenciera par la suite, Daniel accéda à la reconnaissance critique et à une distribution décente avec l'album Fun, produit par un proche des Butthole Surfers, d'autres Texans déglingués (serait-ce une constante dans cet état présidentiel ?). Enfin libre, eu égard à la justice américaine, il vint évangéliser le Vieux Continent, quittant le sol sur lequel il était retenu après avoir défenestré une jeune femme qu'il prenait pour une réincarnation de Satan. Après d'innombrables projets, il rencontre le génial Mark Linkous de Sparklehorse, qui se chargera de la production de son dernier Lp en date, Fear Yourself. Sur cette compilation de reprises, la crème de la scène américaine est convoquée au chevet de ses chansons malades : Mercury Rev, TV On The Radio, Calvin Johnson, Teenage Fanclub accompagné de Jad Fair, Vic Chesnutt, Gordon Gano (Violent Femmes) et même le parrain Tom Waits... Ce casting à faire défaillir tout fan d'indie pop réinterprète à sa manière quelques morceaux emblématiques du gros Dan. Que des artistes de très haut niveau qui prouvent aux détracteurs de l'autoproclamé Sorry Entertainerque le folk de guinguois de Johnston est aussi beau nu qu'exhibé sous les oripeaux d'emprunt des participants. Beck retrouve la splendeur qui était sienne à l'époque de One Foot In The Gravelorsqu'il chante True Love Will Find You In The End. On tutoie même l'excellence lorsque Sparklehorse et The Flaming Lips collaborent sur le sublime Go. Cette pop supérieure retrouve son caractère lo-fi sur le deuxième Cd de cet hommage à la pochette funeste et cynique qui présente les chansons dans leurs versions originales, ainsi qu'un inédit du maître des larmes, Rock This Town, à paraître sur son prochain disque. Paraphrasant Dominique A, on ne saurait donc que trop vous conseiller l'écoute de Discovered Covered.