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L'œuvre pléthorique et archibancale de Daniel Johnston a le don de diviser. Tandis que certains ont vu en lui, et ce, dès 1981, l'incontestable parrain du lo-fi (une découverte qui marqua durablement les deux grands disparus que furent Kurt Cobain et Mark Linkous, ainsi qu'une noria d'interprètes allant de Tom Waits à TV On The Radio, en passant par David Bowie, Lou Barlow et Dominique A), les autres n'ont cessé de se demander ce que l'on pouvait trouver de si génial dans les compositions cabossées d'un pauvre type, même pas foutu de jouer correctement d'un quelconque instrument de musique, ni d'interpréter la moindre chanson sans qu'elle soit persillée de couacs, décrochages et autres notes massacrées. Les plus virulents parlent volontiers d'une certaine forme de voyeurisme qui consisterait à se délecter des divagations bipolaires et paranoïaques d'un malade mental.

Secondé, épaulé, voire soutenu (dans toutes les acceptions du terme) par le très efficace ensemble batave, Beam Orchestra – distillant selon le contexte, des orchestrations subtiles louvoyant entre jazz, electronica et arrangements brass band –, Beam Me Up! offre donc une idéale session de rattrapage à tous ceux qui douteraient encore de l'immense talent de l'Américain, car, comme le disaient si bien Jad Fair et Everett True dans les notes du livret de la dernière séance en date, The Late Great Daniel Johnston Discovered Covered (2004) : “Quand Daniel Johnston est triste, il est le plus désespéré, le plus hilarant quand il est drôle, le plus optimiste quand il est d'humeur légère et que seul un cœur de pierre ne saurait être touché par la désarmante et sans égale sincérité de sa démarche”. En arrangeant une espèce de best of de l'art brut d'un véritable outsider sous une forme plus comestible, les Néerlandais confirment, s'il en était encore besoin, que son travail mérite bien une place de choix au frontispice des grands songwriters de la quatrième dimension, auprès des Scott Walker, Brian Wilson et consorts… Ce n'est d'ailleurs sûrement pas un hasard si le titre du disque renvoie à la légendaire expression du Capitaine Kirk : “Beam me up Scottie!”. En effet, (télé)transportés, nous sommes.
Marc Gourdon
MAGIC RPM  #143


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