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Dayclear & First Dark
archive mag décembre 2004
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Le New-Yorkais Daniel Givens est à la fois poète, gay, producteur, photographe et noir de peau. Chaman ès BPM et broken word, il a fait tourner ses tables (et les têtes) en compagnie du gratin d'une certaine scène électronique (Tricky, Four Tet, Prefuse 73, Scanner, Tes, etc.). Par le biais de ce premier Lp, il dresse un inquiétant état des lieux de la Grosse Pomme (pré et post-11 Septembre), tout en tentant de conjurer l'un de ces terribles détails biographiques dont il est impossible de se défaire (le fait qu'un très proche ami d'enfance ait été l'une des victimes du tueur en série Jeffrey Dahmer...). De quoi élucider la nature décharnée, émaciée claustrophobique et très sombre du bien nommé Dayclear & First Dark. Fort heureusement pour les non-anglophones (à qui il suffira de considérer ce dark hop vaudou comme cabalistique), la musique électronique que confectionne Daniel Givens et une poignée d'amis se suffit largement à ellemême. Guidé par une espèce d'Alan Vega apaisé qui ne hurle jamais, on navigue entre un Tuxedomoon version dub (les saisissants Progression et Crown & Rings, le violoncelle dérangeant à souhait de Semay Wu de Homelife) et incursions arythmiques dans l'électro-acoustique. Tout du long, Givens laisse beaucoup d'indices, mais sans jamais fournir la moindre solution toute faite. Par sa mission d'exorcisme poétique et de transfiguration de l'horreur en oeuvre d'art, l'album a ce don d'intoxiquer progressivement et insidieusement son auditeur. Assez curieusement, c'est ce que l'on a fait de plus en accord (mais en immensément moins bavard) avec la notion de "dub poetry" émise par LKJ en 1977.
Marc Gourdon
article extrait de :
MAGIC RPM #86
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