Daniel Darc

Biographie

Survivant. Le mot lui colle à la peau. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il (re)devienne. Daniel Darc – Rozoum pour l'état civil – est donc revenu de tout. Du succès précoce avec Taxi Girl à l'orée des eighties (Cherchez Le Garçon, hit electro-chic) à l'oubli – une traversée du désert de près de dix ans, entre 1994 et 2003), d'overdoses à répétition en concerts catastrophe…
Né en 1959 à Paris, Darc est l'une de ces icônes de l'imaginaire rock – l'une des rares de nationalité française –, que l'on peut placer non loin de ses propres idoles, Reed, Iggy et Morrison en tête. Vivre vite, mourir jeune fut un temps l'unique mot d'ordre de ce féru d'arts martiaux, trop vite tombé dans la dope. C'est en 1978 qu'il forme Taxi Girl, quintette, quatuor, trio puis duo (!) au parcours heurté, mais aux admirateurs forcenés. Entre pop technicolor et rock ténébreux (le magnifique album Seppuku, réalisé en 1982 et produit par le bassiste des Stranglers Jean-Jacques Burnel), ce chanteur charimastique, qui va jusqu'à se taillader les veines sur la scène parisienne du Palace, en première partie des Talking Heads, hésite, même s'il ne cachera jamais ses goûts musicaux jusqu'au boutistes. Cherchez Le Garçon, Les Armées De La Nuit (et son titre piqué au regretté Norman Mailer), Quelqu'un Comme Toi, Paris (et son célèbre “Eh mec, comment t'épelles Paris ? / Paris ? P. A. R. I. S. / Non, non, Paris, ça s'épelle M. E. R. D. E."), Aussi Belle Qu'une Balle rythment une carrière entre ombres et lumière, jusqu'à la séparation devenue inéluctable. Daniel se réinvente alors en dandy pop Sous Influence Divine (1987), appelle Jacno ou Daho à la production (“La ville est pleine de putes/La ville est pleine de disputes", sur le 45 tours La Ville), reprend Gainsbourg, s'acoquine avec l'Anglais Bill Pritchard (le temps d'un mini-Lp dépouillé et fascinant, Parce Que…). Et disparaît une première fois. Avant de resurgir sous le masque de Nijnsky (1994) disque ouvertement rock, porté par les guitares incisives de son alter ego d'alors, George Betzounis, qui laisse tout de même la place à quelques excursions folk. Une tournée et puis s'en va une nouvelle fois. On le croise fugacement, le temps de collaborations underground ou pour des prestations en play-back qui font pitié. Alors que son acien acolyte Mirwais fait la pluie et le beau temps dans le monde de l'electro (en devenant, entre autres, l'un des collaborateurs privilégiés de Madonna), Daniel, lui, n'est plus que l'ombre de lui-même… On le croit définitvement foutu quand il est repris en main par un bon Samaritain nommé frédéric Lô. Alors que son ancien label PIAS bâcle en 2003 une compilation incroyablement intitulée Le Meilleur De…, il participe à l'album d'une autre “ressuscitée”, Dani, (le temps du très beau Rose Rouge) et trime surtout sur son nouvel Lp solo, que va sortir le tout puissant label Universal ! C'est en février 2004 que Crèvecœur voit le jour, disque hanté par des histoires de rédemption, d'amours déchues et de pertes irrémédiables. Acoustique, sobre, baigné d'une lumière apaisée, l'album recueille un succès critique et public mérité, alors que Darc triomphe sur les routes françaises et en particulier lors d'un Olympia parisien bondé. Aujourd'hui, toujours accompagné de Lô, l'homme, de plus en plus tatoué et vouté, mais surtout, de plus en plus envoûtant, va sortir Amours Suprêmes – titre clin d'œil à l'un de ses héros devant l'éternel, le jazzman John Coltrane –, un disque plus coloré que son prédécesseur, plus ambitieux également, où il jongle, avec maestria, ente balades empreintes d'un désespoir diffus et flèches mélodiques hantées par un humour noir.