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Abécédaire - Février 2004 de Daniel Darc

interviews
Absent du devant de la scène hexagonale depuis une décennie et le très sous-estimé Nijinksy, Daniel Darc n’est réapparu depuis qu’à la faveur de collaborations éparses plus ou moins mémorables et, plus récemment, d’un best of, qui retraçait un parcours discographique des plus chaotique, entamée en solitaire en 1987 Sous Influence Divine, un titre qui en disait déjà long sur la foi qui l’anime, comme il le confesse en sortant la Bible de son sac à dos. Par l’entremise de Frédéric Lo, l’ancien chanteur de Taxi Girl revient avec sa plus poignante collection de chansons, douloureusement baptisée Crèvecœur. À cette occasion, Daniel Rozoum (son identité dans le civil) se plie volontiers à la figure imposée de l’abécédaire, où il se révèle tel qu’il est : bavard, touchant, acerbe, lucide, drôle, intelligent, iconoclaste. Et surtout génialement incomparable. [Interview Christophe Basterra et Franck Vergeade].

A comme Absence
Daniel Darc : Je n’ai jamais eu l’impression d’être absent, de la même façon que je n’ai jamais eu le sentiment d’être présent. Dès qu’on ne parle pas de quelqu’un, il se retrouve absent. Pourtant, je n’ai pas arrêté d’écrire. Mais les maisons de disques ne voulaient pas de moi parce qu’elles avaient peur que je dégueule ou que je fasse une overdose sur leur plancher. Pour moi, j’ai toujours été là, j’ai toujours fait mon travail, et mon travail, c’est quelque chose que j’aime, ça tombe bien. (Sourire.) Je n’ai jamais été frustré, seulement embêté de proposer des chansons avec lesquelles d’autres auraient été signés immédiatement. Bon, ça va paraître très prétentieux, mais je me suis dit que Billie Holiday, Chet Baker, Jim Morrison ou Janis Joplin ne pourraient plus être signés aujourd’hui. Plus que mon nombril, c’est ce constat qui m’attristait. À l’époque de Taxi Girl, c’étaient des artistes ratés qu’on signait, mais au moins, c’était des artistes. Désormais, ce sont des marchands de yaourts ratés qu’on signe. Et ça me casse les couilles.

B comme Bible (La)
J’ai toujours la Bible sur moi. Je suis chrétien, baptisé depuis juin 1998. Plus que d’origine juive, je suis avant tout bâtard. B comme bâtard. Et donc, C comme converti. (Sourire.) Cela dit, ça dépend des jours. J’ai toujours cru dans le Christ. J’étais en prison, et mes parents m’ont offert la Bible. Mais c’était l’Ancien Testament, et j’étais frustré parce depuis longtemps, je lisais plutôt le Nouveau. C’est difficile de dire que l’on est chrétien parce que Jésus ne l’était pas. C’était un Juif réformé. Peut-être le suis-je également. Un ami m’a dit que je me faisais prendre à mon propre piège, comme Nick Cave. Et je pense que c’est peut-être pas con. Comme Bob Dylan et Johnny Cash… Une fois que tu crois comprendre la vérité, tu ne lâches plus, même si c’est parfois difficile. Pour moi, il y a un idéal, et mon idéal, c’est le Christ. Alors, quand je vois des gens comme Bush qui jurent sur la Bible, j’ai envie de vomir. C’est le contraire de la chrétienté.

C comme Crèvecœur
En enlevant le “c” et en changeant l’accent, le titre de l’album, qui est un oxymoron, devient Rêvecœur. J’aurais bientôt quarante-cinq ans, et mon cœur a été crevé plein de fois. Ton premier chagrin d’amour est horrible, irrémédiable, mais après, tu t’habitues. C’est terrible. (Sourire.) Comme disent Nietzsche, Bruce Willis ou même Conan Le Barbare : “Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort”. Jusqu’au moment où tu crèves… Et à mon âge, ça peut être d’un jour à l’autre. Pour moi, Crèvecœur est le plus bel album que j’ai jamais fait, sincèrement. Taxi Girl compris. De toute façon, à l’exception du mini-album Cette Fille Est Une Erreur, seuls mes disques en solo comptent. Je me fous de Seppuku. J’y ai écrit des bons textes, il y a de bonnes musiques, mais l’album a été produit n’importe comment. Là, j’ai enfin pu réaliser exactement le disque que je voulais. Et Frédéric Lo a été génial parce qu’il m’a laissé faire. J’ai besoin de quelqu’un pour me tenir la main. Seul, je peux rester sur mon lit à écouter la radio. Il y a des années où je peux te fournir le programme complet de France Inter ou de France Culture.

D comme Duos
Avec Frédéric Lo, on forme un vrai duo. Ça ne s’est jamais passé si bien avec quelqu’un, à part avec Mirwais à une certaine période. Avec Bill Pritchard, la collaboration relevait plus d’un accident. Il était persuadé qu’il ne saurait pas écrire en français. Il avait flashé sur Paris et m’a proposé de faire le disque avec lui. Bill est un mec adorable. On est très proche l’un de l’autre. Je crois qu’il a fini d’enregistrer son nouvel album. Comme moi, il a été pris par la main par un de ses fans (ndlr. Thomas Deligny, alias Concorde Music Club). On est pareil, on a besoin de quelqu’un pour avancer. Par le passé, j’ai aussi collaboré avec Diabologum, qui m’avait contacté pour la compilation Comme Un Seul Homme. J’ai rencontré un mec génial, qui s’appelle Arnaud Michniak, et un autre dont je n’ai rien à branler, Michel Cloup. Lui, c’est un trou du cul. Il se croit intelligent alors qu’il a un cerveau à deux neurones. À l’avenir, je pense que je dois travailler un jour ou l’autre avec Alan Vega, Lisa Germano et Patti Smith. Je crois que Germano a une sensibilité très proche de la mienne. Tant et si bien que notre collaboration pourrait être autant merdique que géniale. Sinon, aujourd’hui, j’écris pour Tcheky Karyo et Marc Lavoine… J’aimerais bien aussi écrire pour Johnny Hallyday parce qu’il était une de mes idoles quand j’étais un petit voyou. De toute façon, ces chansons que je fais pour les autres, je n’aurais pas honte de les chanter moi-même. À un moment, je me disais : “Les Stooges, ou rien d’autre”. Maintenant, non. En politique, on parlerait d’entrisme.

E comme Écrivain
J’ai toujours voulu être écrivain, mais je n’ai pas les couilles de terminer un roman. J’en ai jeté un et brûlé la moitié d’un d’autre. Car je n’arrive pas à tenir le coup. Ça va paraître très prétentieux : au millième de ça, je pense être comme Serge Gainsbourg… Mais au millième, hein ! Il se rêvait peintre et il n’a pu qu’écrire des chansons. Moi, je me rêvais écrivain… Gainsbourg disait qu’il avait une ou deux chansons proches de Rimbaud. Moi, je pense que j’en ai quelques-unes proches de Gainsbourg : Je Suis Déjà Parti, Les Jours Sont Bien Trop Longs… Un roman, c’est deux cent cinquante pages, alors qu’une chanson, c’est trois minutes de ma vie. En revanche, Be-Bop-A-Lula, ou I Want You et Just Like A Woman de Bob Dylan, c’est toute ma vie. (Sourire.) Nick Cave a écrit un beau livre, mais ses chansons sont tellement plus belles. Sans me comparer à lui, je pense qu’on est inadapté au format du roman. Alors, j’écris des nouvelles. J’espère un jour écrire un livre, mais j’ai peur. À cet égard, Patrick Eudeline est tout le contraire de moi. Il y a quelques mois, on est tombé dans les bras l’un de l’autre à l’occasion de nos anniversaires respectifs, qui ne sont séparés que de quelques jours. En pleurant, je lui ai dit : “Putain, j’aimerais pouvoir écrire un roman comme toi”. Et lui m’a répondu : “Tu sais, j’aimerais pouvoir chanter comme toi”. Je dis bien chanter, parce qu’il a écrit Polly Magoo, une des plus grandes chansons en langue française. En fait, on n’est jamais content de ce qu’on a. Et ça fait chier. (Sourire.)

F comme FranSSe
Avec deux “s” comme SS alors… C’est simple : j’ai fait de la prison, j’y suis allé pour me réinscrire, mais il y avait trop la queue, alors je me suis barré… (Sourire.) Quand je vois des potes, enfin, des connaissances, qui sont prêts à voter Sarkozy la prochaine fois, je commence à flipper.

G comme Garçon Sauvage
Le cinéma, c’est le truc de Marc Dufaud (ndlr. réalisateur dudit documentaire et signataire de l’EPK Rêvecœur, figurant en bonus de Crèvecœur). C’était le mien aussi : j’ai été inscrit à l’IDHEC, mais je me suis barré vite fait. Il n’y avait qu’un seul professeur de bien. Il nous avait conseillé de regarder un Hitchcock et de compter le nombre de plans. Si bien que j’ai appris à compter le nombre de plans dans un film, ce qui fait chier les gens qui en regardent avec moi. (Sourire.) De temps en temps, je crie : “Cent trente-quatre !” Alors, ils flippent un peu. Ce titre, Garçon Sauvage était bien sûr piqué à Burroughs et à l’un des plus beaux livres de tous les temps. Quant à Marc, c’est mon frère. Il a sorti un très très beau roman, Les Peaux Transparentes. Il faut vraiment aller l’acheter.

H comme Humour
Non, H comme héroïne… Dans une interview, Nick Cave disait en gros que terminer une chanson était presque aussi bien que l’héroïne. Moi, je n’ai pas le choix : si j’en reprends, je crève. De toute façon, je n’ai plus les veines pour envoyer. Enfin, excusez-moi parce que je suis hors sujet. J’ai toujours été hors sujet dans la vie. D’ailleurs, mon roman s’intitulera Hors Sujet, je crois. Je n’ai pas peur de l’âge, ni de la mort, mais j’ai des choses à faire auparavant. Quel était le mot pour la lettre H ? Je n’ai pas d’humour. Tout ce que je fais est au premier degré. Je ne comprends pas ce que veulent dire les chanteurs comme Bénabar ou Vincent Delerm. Enfin, si, c’est drôle, mais je préfère Guy Bedos quant à faire. Je ne sais pas pourquoi ils se font chier à foutre de la musique derrière. Dans le rock’n’roll, tu es là pour balancer tes tripes, pas pour faire rire. Sinon, tu fais Raymond Devos.

I comme Icônes
Edie Sedgwick. Joëlle Aubron, Nathalie Ménigont… Pas Françoise Hardy, pas toutes ces salopes de droite. Les salopes de gauche, pourquoi pas… Moi, je suis born again rock’n’roll, alors que d’autres sont born again christian. (Sourire.) Avant onze ans, je ne savais pas ce que j’avais à foutre sur Terre. Et puis, j’ai écouté Elvis Presley et Dizzy Gillespie et j’ai su ce que je voulais devenir : guitariste ou trompettiste. Finalement, j’ai opté pour Scotty Moore (ndlr. le guitariste légendaire du King.). Mais comme un con, je n’avais pas compris qu’il existait des guitares pour gaucher. Du coup, je joue comme une merde. Pour moi, qui suis chrétien et protestant, icônes, c’est… En fait, je suis iconoclaste. Voilà, c’est bien de finir comme ça sur cette lettre.

J comme Jeunesse
J’ai fait mon My Generation : Dites-Le Fort Nous Sommes Jeunes Nous Sommes Fiers. Et je suis content de l’avoir fait. Je ne sais pas ce que veut dire jeune. Moi, je suis un vieux qui va avoir quarante-cinq balais. Je n’en ai pas honte, mais je veux simplement avoir le temps d’écrire au moins un roman et d’enregistrer plusieurs albums. Après, je peux crever. Je sais que je serai avec Dieu.

K comme Karaoké
Je pense qu’il en existe avec Cherchez Le Garçon, mais je ne touche pas encore la thune. (Sourire.) Ça me fait bien marrer les personnes qui nous traitaient de vendus à l’époque de Taxi Girl. Les gens qui se croient les plus purs sont souvent les plus pourris… Avec Taxi Girl, on a toujours refusé de se reformer pour toucher le pactole. Selon moi, le rock’n’roll est la dernière forme d’honnêteté. Avec le christianisme bien compris, pas celui de Bush.

L comme Lo (Frédéric)
Ça fait six, sept ans que nous sommes voisins. Quand il a été branché par Dani pour écrire un titre pour son dernier album (ndlr. Tout Dépend Du Contexte), il m’a contacté et c’est devenu Rouge Rose, que l’on a également mis sur notre album. En tout cas, c’est ainsi que notre collaboration a commencé, sans but précis. Très vite, on s’est retrouvé avec beaucoup de chansons, qui pouvaient former un album. Frédéric est un mec très bien, qui sait s’effacer, ne prend jamais la tête et est honnête. Je le respecte énormément.

M comme Mondino (Jean-Baptiste)
(Sur le ton de la confession.) Jean-Bapt’, mille fois, mille fois pardons. Parce que je t’ai fait faire des photos, qui sont sublimes mais qui n’ont pas été gardées pour la pochette de Crèvecœur. On n’était pas tous d’accord… Jean-Bapt’, je t’aime. J’espère que tu ne m’en veux pas trop. Tu es mon ami pour toujours. Pardonne-moi encore.

N comme Nathanaël
C’est mon “même pas” filleul, mais mon filleul dans le cœur, le garçon de Marc. Quand un môme de quatre ans se jette dans les bras d’un mec comme moi, en disant : “Ze t’aime bien”, bein, tu pleures. (Sourire.) Il comprend tout, mieux que plein de rock critiques. Comme Nicolas Ungemuth de Rock & Folk, par exemple. N’hésitez pas à écrire son nom. Ça me rassure avec le genre humain qu’un môme de quatre ans soit plus intelligent que ce type. Parce que quand je le lis, j’ai l’impression que tout le monde est con. Il ne faudrait pas qu’il oublie qu’il ne connaissait ni The Seeds, ni les Silver Apples la première fois que je l’ai rencontré… J’ai écrit un morceau qui s’intitule Nathanaël. J’aurais voulu qu’il termine l’album, mais j’étais le seul. Bon, on le garde pour un maxi qui sortira peut-être ou pour le prochain album. Nathanaël, moi aussi, “ze” t’aime bien. (Sourire.)

O comme Overdose
Ouais. Eh bien, j’en ai fait une vingtaine… Enfin, entre vingt et trente. Je sais pas. Grâce à ma mère, je suis vivant. Sans elle, j’en aurais peut-être tenu sept, huit. Dix. Maintenant, je dis simplement aux gens qui ont envie de se foutre en l’air avec une OD que c’est pas agréable du tout. Si t’écoutes Radio Ici Et Maintenant, les mecs racontent leur NDE (ndlr. pour Near Death Experience). Tu parles, t’as rien du tout, pas de “chemins blancs mon cul”. Moi, c’était noir, il n’y avait pas de chemin du tout d’ailleurs. Juste les claques des pompiers dans la gueule. Évidemment, je me considère comme un survivant… Mais O, ce serait davantage obsessions, c’est bien plus proche de moi aujourd’hui. N’importe quel créateur est obsédé. Enfin, n’importe quel être humain. Par n’importe quoi, par son enfance, je ne sais pas. Moi, je suis obsédé par la mort. Je me réveille, j’ouvre les yeux et je pense à la mort… Il y a aussi des thèmes, des références qui reviennent souvent dans mes textes. Le texte de Mes Amis, par exemple, est pris sur Le Feu Follet, le film plus que le bouquin. C’est le passage où Jeanne Moreau et Maurice Rosnay vont chez le mec, et Rosnay lui dit : “Qu’est-ce qu’ils deviennent tes amis ?” – “Oh, tu sais, ils se marient, ils font des enfants, ils se suicident, ils font n’importe quoi…” J’ai adoré ça. (Sourire.)

P comme Pari
Je fais le pari de rester vivant, c’est déjà le principal. Enfin, rester vivant, comme tout le monde, hein, car il y a une date de péremption. (Sourire.) Et pour moi, le décompte a commencé. Je vous l’ai dit, le principal, c’est que je puisse faire mon roman, écrire des chansons, pour d’autres et pour moi, et puis… Peut-être avoir un enfant et une femme. J’ai vu Iggy Pop l’autre fois à la télé, qui disait : “J’aimerais bien retrouver une femme et faire un enfant”. C’était touchant parce qu’il avait presque les larmes aux yeux. C’est pareil pour moi. Je pense pas que ce soit possible, mais j’aimerais bien… Et sinon, Paris avec “s”, c’est ma ville. Un moment, j’ai habité à Uzès parce que j’étais fiancé avec une femme qui était pasteur là-bas. Et bon, c’est vrai qu’il y a trois rues. Au bout de quinze jours, ces trois rues, tu les connais. Alors, je suis retourné à Paris… C’est une ville que j’aime vraiment. Comme Londres. Si je commence à avoir des thunes grâce à la Star Ac’ mon cul, je vais prendre un appart’ à là-bas. Mais bon, je ne suis jamais allé aux States… J’irais à New York, je veux y aller à tout prix. Et je louerai une bagnole, même si j’ai pas le permis, pour faire la côte Est, et la côte Ouest bien sûr.

Q comme Quelqu’un Comme Toi
Pour moi, c’est la meilleure période de Taxi Girl. Cette Fille Est Une Erreur, c’est le meilleur disque qu’on ait fait, de loin. Il n’y avait plus Laurent Sinclair, mais c’est le moment où Mirwais et moi, on s’entend encore assez bien, à la fois humainement et musicalement, pour faire un disque ensemble, pour s’aider l’un l’autre. Je suis désolé pour Laurent parce que c’est un mec que j’adore et un très bon clavier… Là, il recommence à faire de la musique, et je suis content pour lui. Et je vais l’aider. Enfin, s’il veut bien.

R comme Regrets
Rozoum, regrets… Regrets, ouais, j’en ai beaucoup, j’en ai un énorme. Mais je ne vous le dirais pas parce que je suis un mec et que… Je me souviens d’une émission d’Ardisson, avec Godard et Anna Karina. Ardisson ne l’avait pas prévenue qu’ils devaient se retrouver. Il sont l’un en face de l’autre, et elle est en larmes. Parce qu’elle l’aime toujours, bien sûr. Godard aussi, je pense. Et Ardisson, un mec que j’aime beaucoup d’ailleurs, était vraiment mal, il savait pas comment faire… Et Godard dit : “Moi, je suis un mec, j’attends de rentrer chez moi pour pleurer”. Ben voilà, moi aussi, j’attends de rentrer chez moi pour chialer, je vais pas le faire devant vous.

S comme Smith (Patti)
Ou comme les Smiths, aussi. Mais Patti Smith, c’est l’artiste qui m’a fait découvrir Godard justement… J’ai tout fait à l’envers, de toute façon. Comme Patrick Eudeline a découvert Huysmans par Rock’N’Folk, moi, j’ai découvert le punk par Eudeline. Puis, Television m’a fait découvrir Rimbaud, Baudelaire, Verlaine… Le rock’n’roll m’a sauvé la vie. Il me l’a raccourcie aussi.

T comme Tatouages
Je suis l’anti-Michael Jackson : moi, je deviens noir, et je me fais des vieilles. (Sourire.)

U comme Universal
Comme je suis content de signer chez eux… (Sourire.) Bon, déjà, je ne suis pas directement chez eux, il y a un filtre, qui est le label de Frédéric (ndlr. Water Music). Sincèrement, il y a un mec que j’adore, Egidio, un type super. Et franchement, les gens que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant, je les ai trouvés vraiment OK. J’ai serré la main de Pascal Nègre, de Santi, ça s’est arrêté là, donc, je ne sais pas pour eux. Mais les autres, je les ai trouvés bien. Il faut pas oublier non plus que PIAS, je les ai rencontrés quand c’était un petit label encore, mais en fait, leur rêve, c’était de devenir gros. Et lorsqu’ils le deviennent, ils sont encore plus puants que les autres.

V comme Viviane Vog
Comme Daniel Darc, ce pseudo jouait sur les doubles initiales. C’est censé porter chance, mais ça, je m’en fous. En France, c’est Bernard Blier qui a inventé ça, avec son nom, celui Danièle Darrieux, etc. Après Daniel Darc, comme j’étais fan d’Alice Cooper, je voulais un truc féminin. J’ai ressuscité Viviane Vog pour le texte que je vous ai écrit… (Sourire.) J’avais fait un truc que Frédéric n’a pas trouvé bien. Je lui ai répondu d’aller se faire enculer. Et puis, après, je lui ai dit qu’il avait peut-être raison. (Sourire.) Mais j’ai plein de personnages. Je suis complètement schizo… À tel point que, quand on m’invite au resto, je demande toujours deux places. (Rires.) Il reste quatre lettres encore… Putain, on aurait fini si on avait fait l’alphabet hébreu !

W comme Weird Sins
Ce nom, il venait évidemment de Lust For Life, le morceau Some Weird Sin qui est pour moi l’un des plus beaux textes jamais écrits. Parce que c’est vrai qu’il y a des jours où tu te réveilles et où t’as envie de jouir de la vie, de courir dans la rue, et qu’il y a toujours un connard qui te fait chier. Et c’est là que tu as besoin d’un some weird sin, d’un péché étrange. On s’est séparé avec le groupe parce que, à un moment, j’ai fait mon truc, et que George, il fallait qu’il chante, c’était important pour lui. J’avais trouvé le nom Weird Sins et j’ai aussi eu l’idée de leur nouvelle identité, Pure Sins. On a tous besoin de ce pêché étrange à un moment ou à un autre. Pourtant, il y en a qui se débrouille sans et j’ai beaucoup d’admiration pour ces gens-là. J’ai foutu la télé à midi, Canal +, en clair, et il y avait Vincent Ferniot, l’ancien des Civils… Qui est toujours civil d’ailleurs. (Rires.) Patrick Eudeline a parlé de lui dans son dernier roman, parque lui aussi admire ce type qui parle de ses recettes, de la truite farcie à j’sais pas quoi… Et je me dis : comment il peut être aussi heureux ? Il est content, il bourre une dinde à la télé. Et si j’étais comme lui, je n’aurais jamais eu besoin de boire… Une fois, il a sorti un truc qui m’a fasciné : “Je suis prêt à faire tout Paris pour trouver une bonne baguette”. Voilà, il y a des choses comme ça qui me dépassent, des phrases que je ne comprends plus… Je ne sais pas ce que ça veut dire, je trouve ça vachement beau. Je suis admiratif de ce mec qui se couche en se disant : “Putain, j’ai fait tout Paris, mais j’ai trouvé une bonne baguette, je suis content, je vais pouvoir dormir…” C’est génial ! Moi, je suis seul dans mon lit et je dois m’envoyer des cachetons. Les mecs qui sont bien dans leur peau, ça, ça m’en bouche un coin, c’est magnifique. C’est comme les mecs qui vont revoter Chirac, il y a un truc génial… Bon, s’il y a Sarkozy en face, je comprends. C’était quoi la lettre, déjà ? Ah, W. Ben oui, Sarkozy, donc : WC.

X comme Xénophobie
Malheureusement, si on prenait un par un les gens dans ce café, l’on s’apercevrait qu’on est entouré de xénophobes. Mais qu’est-ce que tu veux faire ? Tout est organisé comme ça, les informations de toutes les chaînes, tout est fait pour qu’on soit xénophobe. Si j’en rencontre un vrai, marié, je ne lui souhaite qu’une chose : que sa femme se fasse baiser par un arabe et qu’elle tombe enceinte. Et je suis prêt à adopter l’enfant.

Y comme Yin Yang
Attendez, les gars, je suis chrétien, moi, je m’en fous de tout ça. Bon, j’ai fait du taï shi pendant plusieurs années, du karaté pendant quinze ans et… Et j’ai arrêté parce que je prenais de la dope en même temps. Je me suis retrouvé à un moment face à des mecs que j’avais formés et qui étaient devenus plus forts que moi. C’est un truc très con d’Occidental, c’est l’ego qui a parlé, voilà tout… Désolé, mais je ne peux pas avoir une phrase géniale à chaque fois ! Heureusement, d’ailleurs. (Sourire.)

Z comme Zénith
(Immédiatement.) Je ferais le Zénith avant de crever ! Pour la scène, on va répéter soixante morceaux… Je veux avoir le plus de chansons prêtes et suivant ce qui me passe par la tête, on pourra faire celles qui me tentent. Sinon, le Zénith, pour moi, c’est Serge Gainsbourg. C’est le soleil aussi, et le soleil, c’est John Coltrane, Chet Baker, Johnny Cash… Brautigan, Jack Kerouac, Bill Cassidy. Je peux t’en faire une vingtaine. (Sourire.) Je suis fier de Crèvecœur, mais je sais que le prochain sera encore meilleur. Et s’il ne l’est pas, je ne le ferai pas. Tant que je serais vivant, je ferais mieux. Et au moment où je sentirais que je ne pourrais pas mieux faire, je suis l’exemple d’Hemingway : je me tire une balle.
Christophe Basterra & Franck Vergeade
MAGIC RPM  #77
article extrait de :
MAGIC RPM #77 Commander ce numéro


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