La Taille
De Mon Âme est
épuisant. Rien de péjoratif ici. On en sort simplement vidé, comme après une
nuit passée à boire en écoutant les sombres états d'âme d'un ami pas dénué d'un
sens de l'humour désespéré. Daniel Darc a souvent confié son regret de n'avoir
jamais achevé un roman – mais est-il vraiment plus simple d'écrire une bonne
chanson ? N'empêche, Daniel Rozoum a dû remplir d'innombrables cahiers. On
l'imagine volontiers allongé, bras noirs en croix, au milieu de ces pages tout
aussi noircies de cut-ups et d'écriture automatique, trouvant encore la force
d'improviser au micro lors de sessions nocturnes. À l'auditeur de faire le tri
dans ces morceaux chancelants et ces chansons fragiles. L'ensemble, vacillant,
tient malgré tout, appuyé sur les compositions de Laurent Marimbert. Un nom que
l'on découvrait. Pensait-on. En fait, l'homme est l'auteur de défaites de la
musique pour des lauréats de La Nouvelle Star et Star Academy. Est-ce l'amour des faits-divers
ou un dernier bras d'honneur punk qui a poussé l'ex-Taxi Girl à lui confier la
réalisation de ce cinquième album solo ? Toujours est-il que Marimbert compose
un écrin soyeux, luxuriant, soigné et presque trop propre, servant sur un
plateau le single pop enlevé C'est Moi Le Printemps, voué à affoler les
radios. Pour le reste, ce disque forme un vaste ensemble impossible à
fragmenter.
À l'instar de la valse désuète de la chanson éponyme (et son extrait des Enfants Du Paradis, 1945, parmi les nombreuses références cinématographiques), ces délicates envolées de cordes, ces notes de piano et ces rares décharges électriques sont bousculées par le parlé-chanté nasillard de Daniel Darc, qui rappelle plus que jamais Serge Gainsbourg : même inflexions, même timbre apposé sur C'Était Mieux Avant, My Baby Left Me ou Seul Sous La Lune. Or, Darc n'imite pas : il joue avec son panthéon personnel, de Jim Morrison (“Personne ne sortira d'ici vivant”) à Morrissey (“J'ai besoin de quelqu'un qui n'a pas besoin de moi”), adresse des clins d'œil à Elvis (My Baby Left Me, donc), The Animals (les accords de The House Of The Rising Sun) ou les Stones (“J’ai peur des noix de coco depuis Keith Richards”). Trouve même le moyen d'évoquer la poésie clinique de Michel Houellebecq (“Quatre ou cinq fois je soupire/ça pourrait être pire”). Dans cette constellation de citations, d'hésitations, de vannes maladroites et de moments captés sur le vif, Daniel Darc renoue avec lui-même et sa position d'homme seul (Les Filles Aiment Les Tatouages, en écho à Toutes les Filles Sont Parties). Comme souvent, ces clichés rock'n'roll, cette omniprésence de la religion, ce romantisme absolu et cette sensibilité à fleur de peau peuvent irriter. Mais avec des types de la trempe de Daniel Darc, impossible de faire la part des choses, de séparer l'homme de l'œuvre. La Taille De Mon Âme est un album à prendre ou à laisser. À écouter seul, en tout cas. Il semble qu'on le sera toujours moins que lui. Après tout, n'est-il pas Le Seul Garçon Sur Terre ?
À l'instar de la valse désuète de la chanson éponyme (et son extrait des Enfants Du Paradis, 1945, parmi les nombreuses références cinématographiques), ces délicates envolées de cordes, ces notes de piano et ces rares décharges électriques sont bousculées par le parlé-chanté nasillard de Daniel Darc, qui rappelle plus que jamais Serge Gainsbourg : même inflexions, même timbre apposé sur C'Était Mieux Avant, My Baby Left Me ou Seul Sous La Lune. Or, Darc n'imite pas : il joue avec son panthéon personnel, de Jim Morrison (“Personne ne sortira d'ici vivant”) à Morrissey (“J'ai besoin de quelqu'un qui n'a pas besoin de moi”), adresse des clins d'œil à Elvis (My Baby Left Me, donc), The Animals (les accords de The House Of The Rising Sun) ou les Stones (“J’ai peur des noix de coco depuis Keith Richards”). Trouve même le moyen d'évoquer la poésie clinique de Michel Houellebecq (“Quatre ou cinq fois je soupire/ça pourrait être pire”). Dans cette constellation de citations, d'hésitations, de vannes maladroites et de moments captés sur le vif, Daniel Darc renoue avec lui-même et sa position d'homme seul (Les Filles Aiment Les Tatouages, en écho à Toutes les Filles Sont Parties). Comme souvent, ces clichés rock'n'roll, cette omniprésence de la religion, ce romantisme absolu et cette sensibilité à fleur de peau peuvent irriter. Mais avec des types de la trempe de Daniel Darc, impossible de faire la part des choses, de séparer l'homme de l'œuvre. La Taille De Mon Âme est un album à prendre ou à laisser. À écouter seul, en tout cas. Il semble qu'on le sera toujours moins que lui. Après tout, n'est-il pas Le Seul Garçon Sur Terre ?
