Il est le seul.
Pas le seul garçon sur Terre, peut-être, mais le seul “acteur” de la scène
française à pouvoir prétendre au rang d'icône. Car Daniel Darc trimballe sa
dégaine de clochard céleste avec l'élégance de ceux qui ont beaucoup vécu, mais
ne la ramènent pas plus que ça. Pourtant, mis à part Frédéric Lo, musicien,
compositeur et producteur, pas grand monde ne croyait possible un retour
artistique de cet enfant terrible, incorrigible romantique réputé ingérable et
considéré comme définitivement perdu pour la cause musicale. Et puis, surgit Crèvecœur (2004), beau disque hanté par des histoires de rédemption, d'amours
déchues et de pertes irrémédiables, déclamées sur une musique impeccablement
acoustique et discrète. Louanges critiques. Succès public. Autant dire un
miracle pour ce converti qui avait multiplié les overdoses comme autant de Seppuku avortés. Et Darc de remplir
l'Olympia, tout en continuant avec bonheur à citer ses obsessions (Le Feu Follet, Chet Baker, Burroughs,
Cash, Zimmerman…). Il aurait pu alors en rester là : il l'avait réussi, son
pied de nez, à ceux qui déblateraient dans son dos, pensaient tout haut qu'il
s'était laissé rattraper par son propre personnage.
Ciao, les pantins. Mais à l'heure du troisième millénaire, l'ex-Taxi Girl est un homme de paris. Quatre ans presque jour pour jour après son baptême Universal, est donc venue l'heure de la confirmation. Beaucoup – surtout de par chez nous – se seraient contenté d'une copie presque carbone, de joindre l'inutile (une œuvre identique) à l'agréable (ça resterait un bon disque). Mais les deux collaborateurs ne mangent pas de ce pain-là. Et l'improbable tandem – a-t-on déjà croisé partenaires plus opposés ? – a préféré diversifier les champs d'action (directe), baladant les arrangements entre classicisme et modernisme, déclinant les ambiances entre promenades organiques et explorations électroniques. Comme jadis Bowie auprès d'Iggy (le diptyque The Idiot/Lust For Life, 1977), Lo(w) façonne et imagine des écrins sur mesure pour les thèmes de prédilection (l'amour, la mort) de Darc, qui se permet de jongler avec les clichés, sans pour autant prêter à sourire. Qui d'autre que lui aurait pu se permettre d'intituler son disque Amours Suprêmes, clin d'œil appuyé à John Coltrane ? Qui d'autre pourrait se permettre un duo en anglais avec le parangon Bashung, ce L.U.V., où, sur fond de boucles robotiques, les deux hommes égrènent des interjections “rock” le temps d'un dialogue de sourd qui aurait pu se tenir lors d'une soirée dédiée au Nightclubbing ? Mais auparavant, tout a commencé par une ballade blafarde, dominicale et matinale, effectuée dans des rues désertes et rongé par Les Remords… Il y a aussi de la fausse légèreté sur ce disque pluriel, comme sur le badin La Seule Fille Sur Terre, compagne rêvée d'un garçon Sous Influence Divine (1987).
Ou sur l'entraînant J'Irai Au Paradis – construit autour d'un riff enivrant et porté par un refrain d'une fausse ingénuité désarmante où la voix de Darc, joliment traînante, se marie à la perfection à celle de Morgane Imbeaud (Cocoon), délicieusement absente. Absente, oui, telle cette femme qu'il aime et évoque avec morgue sur Un An Et Un Jour, embellie par des notes de piano d'une discrétion rare. Il n'est pourtant pas seul pour se laisser aller ainsi à la confession, et parfois même admirablement soutenu par le claviériste Steve Nieve et le batteur Pete Thomas, anciens comparses d'Elvis Costello. Sur Ça Ne Sert À Rien, stupéfiant folk post-moderne que Radiohead n'aurait pas renié, on entend le souffle rauque de Robert Wyatt, juste derrière les susurrements de Daniel. Touché. Coulé ? Pas encore, car il faut tenir jusqu'à La Vie Est Mortelle, où le refrain Hardy-esque se décline en mode baroque (cor anglais, violons et piano), et l'estocade finale qu'est Environ. Une chanson qui donne la drôle d'impression que Lou Reed s'est entiché du Heaven Knows I'm Miserable Now des Smiths, alors que Daniel Darc se promène en équilibre précaire, guidé par une mélodie fragile et armé d'un harmonica fébrile. “Environ je dispose/De presque un peu moins que rien/Presque un peu moins que rien”, répète-t-il à l'envi. Peut-être… Mais c'est déjà tellement plus que ses concurrents.
Ciao, les pantins. Mais à l'heure du troisième millénaire, l'ex-Taxi Girl est un homme de paris. Quatre ans presque jour pour jour après son baptême Universal, est donc venue l'heure de la confirmation. Beaucoup – surtout de par chez nous – se seraient contenté d'une copie presque carbone, de joindre l'inutile (une œuvre identique) à l'agréable (ça resterait un bon disque). Mais les deux collaborateurs ne mangent pas de ce pain-là. Et l'improbable tandem – a-t-on déjà croisé partenaires plus opposés ? – a préféré diversifier les champs d'action (directe), baladant les arrangements entre classicisme et modernisme, déclinant les ambiances entre promenades organiques et explorations électroniques. Comme jadis Bowie auprès d'Iggy (le diptyque The Idiot/Lust For Life, 1977), Lo(w) façonne et imagine des écrins sur mesure pour les thèmes de prédilection (l'amour, la mort) de Darc, qui se permet de jongler avec les clichés, sans pour autant prêter à sourire. Qui d'autre que lui aurait pu se permettre d'intituler son disque Amours Suprêmes, clin d'œil appuyé à John Coltrane ? Qui d'autre pourrait se permettre un duo en anglais avec le parangon Bashung, ce L.U.V., où, sur fond de boucles robotiques, les deux hommes égrènent des interjections “rock” le temps d'un dialogue de sourd qui aurait pu se tenir lors d'une soirée dédiée au Nightclubbing ? Mais auparavant, tout a commencé par une ballade blafarde, dominicale et matinale, effectuée dans des rues désertes et rongé par Les Remords… Il y a aussi de la fausse légèreté sur ce disque pluriel, comme sur le badin La Seule Fille Sur Terre, compagne rêvée d'un garçon Sous Influence Divine (1987).
Ou sur l'entraînant J'Irai Au Paradis – construit autour d'un riff enivrant et porté par un refrain d'une fausse ingénuité désarmante où la voix de Darc, joliment traînante, se marie à la perfection à celle de Morgane Imbeaud (Cocoon), délicieusement absente. Absente, oui, telle cette femme qu'il aime et évoque avec morgue sur Un An Et Un Jour, embellie par des notes de piano d'une discrétion rare. Il n'est pourtant pas seul pour se laisser aller ainsi à la confession, et parfois même admirablement soutenu par le claviériste Steve Nieve et le batteur Pete Thomas, anciens comparses d'Elvis Costello. Sur Ça Ne Sert À Rien, stupéfiant folk post-moderne que Radiohead n'aurait pas renié, on entend le souffle rauque de Robert Wyatt, juste derrière les susurrements de Daniel. Touché. Coulé ? Pas encore, car il faut tenir jusqu'à La Vie Est Mortelle, où le refrain Hardy-esque se décline en mode baroque (cor anglais, violons et piano), et l'estocade finale qu'est Environ. Une chanson qui donne la drôle d'impression que Lou Reed s'est entiché du Heaven Knows I'm Miserable Now des Smiths, alors que Daniel Darc se promène en équilibre précaire, guidé par une mélodie fragile et armé d'un harmonica fébrile. “Environ je dispose/De presque un peu moins que rien/Presque un peu moins que rien”, répète-t-il à l'envi. Peut-être… Mais c'est déjà tellement plus que ses concurrents.