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Spiderman Of The Rings de Dan Deacon

chronique d'album

Dan Deacon est un nerd chevaleresque. Un érudit qui a choisi de ne pas choisir entre expérimentation et addiction. Un bonhomme ventru à la calvitie avancée, aux grosses lunettes rondes et au look quelconque, qui se rêve à la fois Michael Jackson et Alan Vega, Jimi Hendrix et Bert Jansch, John Coltrane et James Chance, Michael Jordan et Steve Kerr. Il manie donc son électronique en conséquence, avec “décomplexion” et panache. Difficilement descriptible, Spiderman Of The Rings est un déluge sonore surréaliste, une vague musicale aux ressacs absurdes. Où les boîtes à rythmes semblent programmées par John Bonham, où les claviers antédiluviens crachent des flammes et où les voix sont propulsées à l'hélium (le tube euphorique The Crystal Cat), où Woody Woodpecker s'adonne au laptop et subit des montées d'acides, où la chorale d'enfants à l'œuvre sur D.A.N.C.E. s'est faite débaucher pour chanter les louanges de son collectif Wham City. Sur ce dernier titre de quatorze minutes épiques, les synthés cavalent pour mieux se prosterner devant des vocodeurs chouravés à Air.

Dan Deacon est à l'electro ce que Devo est au rock, soit un pervertisseur talentueux, une éponge à influences et un visionnaire éclairé. Quand le tendre Big Milk (presque la seule occasion de reprendre son souffle) voit Aphex Twin accompagné un paisible xylophone, Okie Dokie et Trippy Green Skull inventent un nouveau trio composé de Justice et d'Ariel Pink, où l'efficacité ondoyante des premiers s'allient à merveille au foutoir mélodique du second. Et puisqu'on évoque le duo français, Daft Punk n'est pas loin non plus, niché derrière les vocalises lunaires qui traversent Snake Mistakes. À grand renfort d'effets visuels et soniques clinquants, le fer de lance de la scène Future Shock (née à Baltimore avec Ecstatic Sunshine, Wildfire Wildfire, Videohippos, etc.), a su ancrer ses bricolages farfelus et ses compositions ondulatoires en plein cartoon digital, leur insufflant un souffle lyrique et une énergie imparable que de modestes moyens n'induisaient pas forcément. Si l'on part du principe que Spiderman Of The Rings est un immense bordel jouissif, disons que ses neuf chansons sont de très belles putes, et Deacon un mac de génie.

Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #115


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