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Si on prend en compte les Cd-R vendus de la main à la main, Bromst (pas la peine d’ouvrir son dictionnaire, même si pour le principal intéressé, ce titre a sans doute une signification) n’est pas loin d’être le dixième album de Dan Deacon. Les fans de cet impayable entertainer replet savent désormais à quoi s’attendre. Le principal intéressé ne peut l’ignorer, lui qui s’est fait un devoir de tenir l’auditeur en haleine de la première à la dernière note enregistrée sur ses disques.

Deacon ne peut éblouir son monde uniquement grâce à son extraversion sur scène et des lâchés de confettis (une posture appréciable dans le monde de l’électronique, encore dominée par les performeurs autistes). On repère rapidement ses tours, amusants et couillons : cordes vocales soignées à l’hélium, paroles joyeusement ineptes car basées sur la phonétique et non sur la logique, abolition euphorique de la frontière entre public et musiciens lors des concerts, chorégraphies régressives… Afin de continuer à mettre l’auditeur en orbite, puis de le laisser sur les genoux, ravi et gaga, le prodigue de Baltimore joue plus que jamais sur la durée de certains morceaux.

Le vertige provient de notre résolution à cesser d’en estimer la longueur surtout quand le rythme, loin d’être méditatif, est au contraire à caractère exponentiel, et l’effet extatique. Comme touché par un fléchette empoisonnée au radjaïdjah, le poison qui rend fou dans Le Lotus bleu de Hergé, l’auditeur renonce alors à repérer les trucages. Il continue de faire le derviche tourneur et se dit qu’il tient définitivement un Capitol K plus cartoonesque, ou un Brian Chippendale (Lightning Bolt) qui a troqué sa batterie pour un séquenceur, et non un Fatboy Slim adapté au goût du jour.
Julien Welter
MAGIC RPM  #130


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