Enfin, les hommes seuls ne se cachent plus : Elliott Smith, Jason Faulkner ou bien ici Damien Jurado. Avant eux, cela ramait sec pour ces musiciens au long cours, refusant de s'abriter derrière un nom de groupe pour noyer un ego mal en point, de Richard Davies à Chris Holmes, artisans pop confinés dans un absurde anonymat que leurs chansons n'ont jamais mérité. Que l'on prenne cette histoire en cours de route en découvrant Peter Case ou Paul Westerberg dans les années 80 où que l'on remonte encore plus loin, près de la source originelle des Jonathan Richman, Nick Drake, Tim Hardin, Fred Neil et Bob Dylan... Un "namedropping" à usage intime, une confrérie de songwriters solitaires où, bien entendu, Damien Jurado a sa place : dès Ohio, on se croirait reparti dans le Harvest de Neil Young, harmonica, guitare sèche et gueule de bois. C'est la tendance "Lutte Ouvrière" du folk, fidèle à ses idéaux, Woody Guthrie ("Cette machine tue les fascistes") en guise de Karl Marx. Ensuite, on s'enfonce dans la forêt de l'introspection (Curbside, Eyes For Windows). Mais Damien Jurado ne se contente pas d'être un expert en citations, c'est aussi un excellent arrangeur passant des plaintes orchestrales (Love The Same, Rehearsals...) à des rythmiques sèches (Saturday, Letters) comme on enchaîne chez soi sur sa platine John Cale aux Feelies et Love aux Modern Lovers. Rehearsals For Departure est, au choix, un excellent cours de rattrapage ou bien un juke-box d'exception.