Biographie
Depuis le feu d’artifice Homework (Virgin) en 1997, les deux Parisiens Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont non seulement réinventé la scène électro française, mais ils ont fait danser la planète sur des tubes à la mélodie plus entêtante que le dernier slogan de la pub pour l’eau de Javel. Les deux compères se sont connus sur les bancs du lycée Carnot à Paris en 1987 et fondent cinq ans plus tard un groupe de rock, répondant au doux nom de Darlin’, d’après la chanson des Beach Boys, Brian Wilson figurant en bonne place dans leur panthéon personnel, au même titre qu’Arthur Lee. La formation, entre autres complétée par le futur Phoenix Laurent Brancowitz, fait suffisamment parler d’elle dans le microcosme indie pour épater les franco-anglais de Stereolab, qui lui offrent de placer deux chansons sur un split 45 tours (outre les deux groupes, on y trouve Huggy Bear et les Parisiens de Colm) réalisé sur leur label Duophonic. Le single devient rapidement un objet culte tandis qu’un journaliste du défunt hebdomadaire Melody Maker qualifie les deux morceaux de Darlin’ (la reprise éponyme et un OVNI noisy baptisé Cindy So Loud) de “punk débile” (en anglais, daft punk). Les deux copains s’en amusent d’autant plus que dès la fin 1993, ils vibrent lors des premières raves organisées à Paris. La techno les subjugue à un point tel qu’ils remisent leurs guitares au fond d’un placard et se penchent sur des samplers. Rebaptisés… Daft Punk, ils séduisent l’un des labels référents en la matière, les Écossais de Soma, où ils publient en 1994 un maxi minimal et percutant, fort de trois morceaux : The New Wave, Assault et Alive. Sans le savoir, le tandem amorce alors la french touch, en compagnie de Laurent Garnier et autres Étienne de Crécy. Aussi doués pour le business que pour trouver des rythmes entêtants souvent agrémentés de mélodies addictives, Daft Punk sort un premier chef d’œuvre dès 1995, l’irrésistible Da Funk, mélange iconoclaste de glam et d’electro. C’est l’explosion : Bangalter et Homem-Christo sont adoubés par les Chemical Brothers, la presse britannique leur déroule le tapis rouge et leurs compatriotes restent interdits face à tant d’insolence. Les deux amis décident alors de dissimuler leur visage derrière masques et autres casques, créent leur propre maison d’édition et signent chez Virgin un contrat de licence, qui leur laisse une entière liberté artistique, un exemple que suivront nombre de leurs compères, Air en tête. En janvier 1997, Homework crée l’événement de part et d’autre de la Manche et de l’Atlantique. Références rock, tics funk et disco digérés par la modernité d’une techno volubile propulsent au sommet des charts un disque, qui s’écoule à quelque deux millions d’exemplaires. Quatre années plus tard, alors que la mouvance techno est en perte de vitesse, Daft Punk revient avec Discovery (2001), fortement marqué par un rock FM seventies et des rythmes disco d’une autre époque. Si les puristes se sentent un peu floués par ce virage plus pop calibré pour les dancefloors en tout genre (le mastodonte One More Time), le disque conquiert le grand public et ravit de nouveaux fans, de sept à soixante-dix-sept ans. Le duo dépasse même le seul cadre musical (il dessine notamment une table de salon pour la marque Habitat en 2004), ses personnages dignes de la série Albator laissant les portes ouvertes à toutes les idées, comme le dessin animé Interstella 5555, réalisé en 2005, en même temps que le troisième Lp Human After All. Une œuvre qui rafle une nouvelle fois la mise, grâce à des mélodies d’une facilité (banalité ?) désarmante. Alors que l’on pouvait croire en un essoufflement artistique, les Daft Punk, toujours aussi malins, réalisent en 2006 leur premier long-métrage, Electroma, inspiré du Gerry (2002) de Gus Van Sant. Et en 2007, ils créent l'événement en renouant avec la scène, un terrain abandonné depuis près de dix années, retour qu’ils accompagnent d’un best of et d’un Dvd, Alive 2007 (en clin d'œil à l'album live Alive 1997, sorti en 2001), une prestation-consécration filmée à Paris-Bercy.