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Human After All de Daft Punk

chronique d'album

DAFT PUNK
Human After All
(Labels/Virgin)


Ben oui. C’est vrai. Malgré la déception engendrée par le médiocre (on restera poli) Discovery – qui avait ici provoqué une déception sans doute inversement proportionnelle à la joie des banquiers respectifs des deux jeunes hommes –, l’annonce d’un nouveau Daft Punk avait déclenché une certaine excitation. D’autant plus que les bruits de couloirs et autres ragots parisiens laissaient entendre que le duo s’était ingénié à renouer avec une approche plus rock, un genre qu’il affectionne (ces gens-là ont une connaissance encyclopédique des classiques, toutes époques confondues) et maîtrise (on se souvient encore de quelques concerts surréalistes livrés par les désormais “légendaires” Darlin’). Dans tel contexte, à peine s’était-on inquiété à l’écoute du pathétique non-remix que le tandem avait daigné infliger au Take Me Out de Franz Ferdinand. On aurait dû. Car, le seul mérite de ce Human After All est en fait de réévaluer avec un culot éhonté la qualité intrinsèque de son prédécesseur. Un exploit en soi. À force d’avoir joué aux robots, et malgré cet intitulé qui laissait poindre une lueur d’espoir, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo donnent cette impression quasi-malsaine de s’être fait rattraper par leurs personnages. Des personnages qui évoluent dans un vide intersidéral, ballottés d’un endroit à l’autre, ayant complètement perdus le contrôle d’un engin qu’ils avaient pourtant construits avec leurs petites mains. Entre les voix vocoderisées (“encore ?” Oui, encore…) du morceau-titre et des ersatz de riffs triturés et plaqués sans l’once d’une conviction (un peu partout, mais en particulier sur le single Robot Rock), on assiste à un défilé electro de chansons fantômes, sans queue ni tête, dont on ne sauvera que les titres. Tant ceux-ci annoncent, la plupart du temps, le désastre tendant les bras à l’auditeur, à l’instar de ce The Brainwasher dopé à l’aciiiiiiid qui s’apparente effectivement à un lavage de cerveau. Une opération encore bien plus douloureuse que ce qu’imaginé dans nos pires cauchemars. Dans le meilleur des cas, Steam Machine sonne comme une version grandguignolesque pour film d’épouvante de série Z du célèbre Cargo De Nuit d’Axel Bauer. Dans le pire, il file un mal de mer qui se métamorphose en nausée. À ce rythme-là, on se réjouit de s’apercevoir que On/Off ne dure que dix-neuf secondes et de découvrir les vertus relaxantes d’une boîte à rythmes, le temps d’un Make Love qui sauve ce disque de la débandade. Sincèrement, il est presque impensable de croire que cette œuvre est le fruit des deux mêmes personnes qui avaient, il y a une décennie, asséné un Da’ Funk vertigineux, cet inouï télescopage entre glam scintillant et techno intelligente. Mais si tel est vraiment le cas, on aimerait tant pouvoir leur conseiller de retourner accomplir leur Homework, plutôt que de les laisser faire les pitres sur un Technologic orné de voix prépubères. Toutefois, impossible d’en vouloir à Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo de dilapider avec une telle agilité un talent que l’on soupçonne grand. Puisque, comme chacun sait, l’erreur est humaine. Après tout.

Christophe Basterra
MAGIC RPM  #88
article extrait de :
MAGIC RPM #88 Commander ce numéro


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