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Sleep Forever de Crocodiles

chronique d'album
Alerte à San Diego : deux loubards soniques viennent mettre à mal les plages dorées de Californie. À vrai dire, Brandon Welchez (chant, guitare) et Charles Rowell (guitare, sampler) y avaient déjà traîné leurs guêtres depuis un moment, lorsqu'ils jouaient ensemble au sein du groupe punk hardcore The Plot To Blow Up The Eiffel Tower. C'est en 2008 que le duo a arboré pour la première fois le cuir de Crocodiles, signant une poignée de singles pétaradants, dont l'excellent Neon Jesus, retenu par No Age dans leur playlist des meilleures chansons de l'année. Quelques distorsions plus tard, les Américains sortaient un premier LP, baptisé Summer Of Hate (2009), et posaient par la même occasion les jalons d'une identité sonore empreinte de références aussi scolaires que Phil Spector, The Velvet Undergound et The Jesus And Mary Chain. Un premier jet noirâtre en forme de brouillon noisy pop qui, s'il est passé presque totalement inaperçu, a eu le mérite de révéler un talent certain pour le pastiche des marottes susmentionnées (I Wanna Kill). Aujourd'hui, Crocodiles ressort les crocs et badine de nouveaux avec la mort le temps d'un nouvel album, Sleep Forever, pour lequel les deux loulous ont eu la brillante idée de s'offrir les services du producteur James Ford (Klaxons, The Last Shadow Puppets, etc.).



Le résultat n'en est que plus probant : le groupe a laissé les guitares fuzz au garage et opté pour des morceaux atmosphériques nimbés de claviers. Dès le vertigineux Mirrors, une violence sourde se fait sentir et menace d'éclater. Synthé en boucles, rythmiques martelées et guitares épileptiques portent le chant mordoré d'un Brandon Welchez plein de verve. Les Californiens ont su arrondir les angles de leur shoegazing sans flancher, comme en témoignent les attaques acides des incisifs Stoned To Death et Hollow Hollow Eyes. Mais le point culminant repose sur la doublette finale : le tube Hearts Of Love, dont les tintinnabulements de glockenspiel résonnent comme le glas funèbre, et All My Hate And My Hexes Are For You qui s’apparente à une élévation vers le paradis des malandrins, orchestrée par des palpitations de boîte à rythmes, un clavier vacillant et une voix shootée à la réverb’. À l'instar du Primary Colours (2009) de The Horrors, le travail sur la production et l'ouverture des influences permettent à Sleep Forever d'émanciper Crocodiles de la boue garage et shoegazing dans laquelle il risquait de s'enliser.


Sébastien Jenvrin
MAGIC RPM  #148


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