Dire que Crescent, avec ce nouvel album, s'éloigne du format rock est un euphémisme. Ça nous arrange et ça nous dérange. Ça nous arrange parce dans ses précédents tâtonnements, Crescent cherchait beaucoup, trouvait souvent mais s'égarait aussi parfois. Remise à zéro des ambitions et redéfinition des moyens, pourtant déjà limités, débouchent sur ce disque d'une simplicité désarmante et d'une gravité qui vire parfois au lugubre. Un peu comme si Section 25 ressuscité et défoncé à la colle prenait Sun Râ en otage pour le forcer à jouer de l'orgue. Le tout au troisième sous-sol d'un parking désaffecté, si vous voyez ce que je veux dire. Oscillations comme issues de vieux postes à galènes, rythmes qui apparaissent et disparaissent du paysage sans laisser de trace, l'atmosphère est à l'expérimentation instinctive, celle qui se construit à coups de bidouillages et de quelques idées jetées comme des poignées de sable au visage des idées reçues. Tout ça dérange donc aussi un peu quand, d'un cousinage élégant avec une musique acousmatique décrispée, on passe à, ni plus ni moins, des improvisations un peu vaines qui fleurent bon le n'importe quoi rigolard, sous couvert de farce morbide concoctée spécialement pour Halloween par des gars un peu futés. Heureusement, ces moments restent rares. Ils hypothèquent cependant fortement tout attachement durable et fasciné envers l'objet.