L'album de Crescent est un cas curieux. Vagues cousins des tenants de l'autre Bristol sound, cette vague ambient folk apeurée qui, de Flying Saucer Attack à Movietone, fit nos délices il y a quelques saisons. D'ailleurs, Crescent est un groupe de folk effondré. Comme on a l'impression que ces gens sont en train de mettre en place leurs morceaux sous forme collective et improvisée, le rapprochement avec Amon Düul tombe naturellement sous le sens. Mais à la troisième plage, changement d'ambiance : Crescent joue alors du dub comme Section 25, un couteau sous la gorge, c'est dire s'il s'éloigne du schéma hippie. Toutefois, si cette musique est magnifiquement engoncée dans la dépression la plus noire, elle se dote d'une musicalité froide et tendre, comme si Hood avait sectionné non seulement ses nerfs, mais aussi ses jambes. Malgré tous ses défauts, la musique de Crescent possède cette qualité rare : elle refuse d'avancer et se laisse contempler comme une vieille carte postale aux couleurs passées.