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Ghost Train Tragedy de Coming Soon

chronique d'album
Novembre 2008, fin de soirée à l’Olympia. Sur scène, la sensation saisonnière MGMT se dégonfle comme une minable baudruche, croulant sous les clichés éculés d’un rock psychédélique de plomb qu’un gros travail de production avait transformé en or sur disque. On quitte la salle en cours de naufrage, réchauffé par le souvenir encore vivace d’une joyeuse et puissante onde de choc qui a traversé la salle quelques heures plus tôt : Coming Soon a livré un concert bouillonnant, porté par une énergie collective rarement vue sur scène depuis Arcade Fire. On la retrouve intacte aujourd’hui sur le deuxième album de la jeune troupe, qui prend à bras le corps les promesses formulées sur New Grids (2008) et gonfle ses chansons d’un souffle rock à la fois spontané et classieux. Quelle que soit la voix ou la plume qui mène la danse sur chacune des quinze chansons du disque, il s’en dégage un parfum de classique instantané porté par un jeu fluide et franc, un fourmillement d’idées et des performances vocales par moments stupéfiantes.

Guitares, basse et batterie aux avants postes. Percussions, claviers, cordes, clarinette et trompette en embuscade. Le résultat ne ressemble pas aux jolies collections de folk orchestré qui ont réchauffé l’air du temps ces dernières années mais à un putain de disque de rock’n’roll chauffé à blanc : Walking, Back Seat ou WU renvoient dans les cordes quelques figures tutélaires d’il y a quarante ans (Lou Reed, The Rolling Stones). Mais on sent bien que ces références sont de trop, tant il est évident que Coming Soon ne s’est pas embarrassé des deux volumes du Dictionnaire Du Rock mais a simplement laissé parler une énergie juvénile et des talents d’auteurs compositeurs hors normes. Le groupe a ainsi sous le coude une bonne pelletée de tubes, dont les absolument imparables et élastiques Moonchild (déjà un classique sur scène), Lower Lip ou Love In The Afternoon (“Lovers often leave marks, hidden to the eye and to the touch sur fond de chœurs et xylophone). Les (plus ou moins) Anneciens ont aussi le chic pour les midtempo élégants aux arrangements plus étranges (Weather Changes, Pillow Talk), les chansons en clair obscur où chacun donne de la voix (Manners & Education) ou les comptines pop romantiques quoique légèrement morbides.

Bus Crash raconte ainsi sur un mode gentiment naïf l’histoire d’un accident de bus sans autre survivant que Ben et sa copine : “The desert is a silent grave/If you hold my hand, I’ll be brave/I’ll tell the vultures and the snakes to go and mind their own business. C’est une dernière raison de se réjouir de cet immense Ghost Train Tragedy : un rapport à la langue anglaise complètement décomplexé, doublé d’une écriture fluide régulièrement touchante et d’un solide sens de la formule. Sur la sublime Wild Catch, quelques mots restent imprimés dans l’oreille : “All the dreams you have lost and abandoned, they will rest gently in the verses of my songs". Ils sont là, en effet, intacts.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #135


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