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Embrigadé séance tenante de part son origine (Columbia, Caroline du Sud) dans un mouvement dont il n’a cure (chillwave, dream-beat, glo-fi, hypnagogic pop, rayez la mention inutile), le petiot Mat Cothran abat les cloisonnements dans lesquels certains médias 2.0 s’empresseraient de l’enfermer trop rapidement, par la seule force de son talent. En effet, a contrario de ses voisins géographiques Chaz Budnick (Toro Y Moi) et Ernest Greene (Washed Out), coryphées d’un certain renouveau eighties à base de twang twang synthétiques et de voix fantomatiques qui se pignolent sous les draps, le garçon arpente plutôt des chemins “pavementés” et une esthétique du bricolage propre aux années 90. On pourra citer, sans avoir peur de se faire taper sur les doigts, les psychoses invertébrées de Lou Barlow, que ce soit avec Sebadoh ou The Folk Implosion, tant la musique de Coma Cinema empreinte ce même sillon où bouillonnement émotionnel et sublimation acoustique firent la part belle aux émanations impudiques d’une adolescence flétrie.

Mais, là où le challenge permanent de Lou Barlow occasionnait souvent des explorations en territoire inconnu, Math Cothran et son collectif interchangeable ont balisé l’itinéraire avec parcimonie. De Stoned Alone, découle des compositions éphémères qui bringuebalent les émotions à l’infini, comme si James Mercer avait décidé de nous charcuter les tripes au couteau suisse. D’ailleurs, l’inaugural In Lieu Of Flowers et la saillie régressive Sucker Punch évoquent des Shins bagarreurs, prêt à en découdre et foutre des coups de Stratocaster sur la tronche du premier venu. Stupid Blood et Bath Of Time malmènent Paul McCartney en tabassant Ram (1971) à la matraque, Tall Grass l’enfouit au fond d’un ravin tandis que Come On Apathy! l’enterre vivant en prenant soin de lui cracher à la gueule, avant de lui dicter ses dernières sommations. C’est là qu’est toute la cruauté du petit monde de Coma Cinema, elle ébranle notre être comme elle brutalise ce pauvre McCartney. Et la tension ne fera qu’amplifier crescendo jusqu’aux dernières secondes, où Mat Cothran enfourche son vélo cosmique et change de braquet pour s’envoler vers les étoiles et deux minutes et demie d’acoustique chialeuse (Have You?), où les arpèges cuits au feu de bois s’entremêlent à sa voix en sanglot. Dès lors, on aura de cesse de se dire que, si les plus grands pourfendeurs d’intimité déchirante continuent à casser leur pipe les uns après les autres (Vic Chesnutt, Mark Linkous, Alex Chilton), des rejetons à la sensibilité exacerbée sont prêts à reprendre le flambeau pour leur propre survie.
Fabien le Gourierrec
MAGIC RPM  #142


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