Pochette lo-fi à faire pleurer les fans de Slint, la perplexité croît dès les premières secondes de ce disque et ne vous lâchera plus jusqu'au bout. Intro spatiale planante qui rappelle instantanément les Grandaddy, et puis le grand saut dans l'inconnu, l'irrationnel et tout simplement le futur du hip hop. Un hip hop dadaïste accouché par le trio Dose One, Why? et Odd Nosdam sur un huit-pistes de fortune, gravé sur dix faces de vinyles vingt-cinq centimètres entre Cincinnati et Oakland avec quelques invités du collectif Anticon basé dans la baie de San Francisco. "Enregistré sous la contrainte d'une extrême émotion" selon Dose One, ce hip hop laboure le champ expérimental ébauché par RZA sur sa vraie BO de Ghost Dog pour investir une zone inexplorée jusqu'ici. Une sorte de no man's land décharné, sombre et comateux, traversé en sourdine par des fragments épars de samples distordus et boucles fracassées, et un phrasé sous valium débitant d'un timbre nasillard des textes-collages qui emmène le langage au-delà de la représentation vers un pur expressionnisme abstrait. Comme si les Cypress Hill avaient macéré jusqu'à la catalepsie dans leur bong pour ressortir groggy, désorientés et réellement Insane In The Brain. Ce disque est un trip unique qui ne laissera personne indifférent, et marque de son sceau l'histoire du hip hop, tant par sa capacité d'innovation que par sa puissance émotionnelle. Clouddead touchera même les réfractaires au genre les plus endurcis.