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Cher Dave Fridmann,

Vous avez donc produit le deuxième album de Clap Your Hands Say Yeah. Figurez-vous que j'aimerais bien vous couper la tête, l'accrocher au bout d'un piquet et me balader dans la rue avec en criant vengeance. Car je suis sûr que c'est de votre faute. De votre faute si le grandiose bordel électrisant de In This Home On Ice a laissé la place au gentil désordre mélodique de Emily Jean Stock ou Underwater (You And Me), évidemment parsemé de vos gimmicks habituels (ça grésille, ça tintinnabule etc.). De votre faute encore si Satan Said Dance, titre qui détonnait l'assistance lors de concerts souvent paresseux, voit ici sa tension exaltante si contenue qu'elle en devient inoffensive.

Pour votre défense, il semble qu'Alec Ounsworth ait mal digéré son succès foudroyant et se prenne désormais pour le Bob Dylan de l'espace, lancé en apesanteur avec Syd Barrett, le Velvet et quelques cachetons. Il y arrive même, sur l'impressionnant Yankee Go Home, ballade desséchée qui monte en puissance comme le soleil en plein désert, ou sur le troublant Mercury Walks..., qui mêle acoustique d'un autre temps et entrain mélodique magnifique. L'alchimie fonctionne alors à nouveau, capable de rendre divine une voix nasillarde à priori insupportable qui étire les syllabes comme un enfant tire sur son élastique, et terriblement euphorisantes des orchestrations qui brinquebalent tel un bateau ivre. Mais j'insiste : la déception est là, encore amplifiée par l'écoute de la chanson éponyme.

Placée en ouverture, on devine chez Some Loud Thunder le potentiel jouissif d'un Heavy Metal, mais vous avez cru bon d'enrober ce morceau de grésillements outrageux qui le rendent presque inécoutable (au casque notamment). C'est n'importe quoi. Et puis, ça sert à quoi ? À rien du tout, sinon à priver cet album de l'énorme hit qui aurait largement sauvé la mise. Monsieur Fridmann, vous avez troqué l'imperfection tapageuse contre une finauderie altière. Pour résumer, et puisqu'on les cherchera encore longtemps au sein de ce disque, vous avez déconné à pleins tubes.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #107


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