"Sous vos applaudissements", répétait à l'envi Jacques Martin en recevant ses invités dans la ferveur du dimanche après-midi. C'est (peut-être) pour rendre hommage au présentateur du défunt Petit Rapporteur que le chanteur Alec Ounsworth et ses amis se sont baptisés du nom de Clap Your Hands Say Yeah. Quoi qu'il en soit, beaucoup moins discutable (que cette accroche) est la hype qui a accueilli leur album, déjà disponible en import depuis quelques semaines, telle la foudre envers le quidam innocent ayant frappé sans crier gare ce groupe qui n'en demandait sûrement pas tant. Une attention médiatique que la simple écoute des titres The Skin Of My Yellow Country Teeth et Heavy Metal (figurant bizarrement en face B du 45 tours Is This Love?) suffit à légitimer amplement. L'un débute par un synthé furtif, vite soutenu par une batterie jouée à toute berzingue et quelques notes cristallines, l'autre par une guitare incisive doublée d'une basse vrombissante, et les deux ont en commun ces mélodies effrénées, ces refrains échevelés et explosifs qui les rendent très vite indispensables et en font des tubes addictifs. Si Franz Ferdinand s'est donné pour objectif de faire danser les filles, CYHSY se charge de les emballer fougueusement dans un élan d'une fraîcheur imparable. Et si l'attraction n'est pas toujours aussi cinglante (l'inabouti Let The Cool Goddess Rust Away en ouverture), il se dégage de ce premier essai un enthousiasme débridé, une joie de jouer évidente, une excitation intense qui désigne les cinq New-Yorkais comme les héritiers directs et azimutés des Feelies. Un sentiment d'urgence permanente accru par cette voix nasillarde improbable, affolée, démente. Celle d'un fou chantant qui avale les syllabes comme s'il avait trop forcé sur la boisson. Une boisson pétillante qui désinhiberait le plus coincé des hommes. Du champagne, par exemple... Ou alors, pour reprendre les paroles d'autres fieffés soiffards (ayant eux aussi connu les affres du buzz à la sortie de leur premier Lp) qui décrivent idéalement l'effet procuré par ce disque : "Give me gin & tonic, I'm feeling supersonic" .