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Sans trop que l’on sache pourquoi, Chris Garneau fut comparé à Elliott Smith lors de la sortie de son premier album, le mal nommé Music For Tourists (2007), intrigante œuvre de jeunesse qui valait plus pour ses promesses formelles que pour sa minutie maladive tendant à cloitrer son auteur dans une forme de léthargie nombriliste aussi usante que fascinante, à mille lieux de l’univers souvent solaire du regretté tatoué, dont il reprenait d’ailleurs le fameux Between The Bars. El Radio, nouvel album en quatre parties couvrant l’ensemble des saisons, voit l’Américain sublimer les espoirs timidement placés sur lui. Dès l’introductif The Leaving Song, magnifique montée de cordes traçant son chemin sur les voies célestes qu’emprunte parfois Antony Hegarty, Garneau place la barre très haut et vient rapidement tutoyer les étoiles sur Dirty Night Clowns, admirable miniature pop aux ponctuations de cabaret contant l’absurde histoire d’un nain qui, déguisé en clown, jouait au passe-muraille la nuit pour attaquer les enfants du voisinage. No More Pirates, autre pièce maîtresse d’un disque qui n’en manque pas, renvoie, elle, directement aux ambitieuses pièces montées confectionnées par Sufjan Stevens, autre orfèvre à l’ambition démesurée dont le trône pourrait bien vaciller sous les coups de génie d’El Radio. Moralité de l’histoire, il faut toujours se méfier du Garneau qui dort.
Laurent Maréchal
MAGIC RPM  #135


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