Il est peut-être toujours question
d’électronique ici, un genre où l’opacité fut souvent reine, mais pour une
fois, le titre absolument intelligible de ce deuxième véritable album de (Dj)
Chloé vous dira tout : l’un dans l’autre. On pourra donc parler encore et
toujours de techhouse par-ci, de downtempo par-là, et même d’un retour des
guitares soi-disant matheuses vers la fin du programme – Chloé, qui bricolait
des chansons folk dans sa vingtaine, a gardé sa guitare chez elle, près de ses
platines. Ce grand disque, effectivement riche en textures sonores assez
diverses et joliment déliées, à la fois concentrées et étonnement aérées,
n’obéit pourtant qu’à un seul genre résumé à un adjectif : personnel. Face
aux tentations répétées de la classification, Chloé a toujours apporté un
démenti, mais elle l’a fait de manière cool, comme sa musique sur laquelle elle
plaque parfois et comme ici d’étranges prises de voix. Affirmé mais toujours en
mouvement, quelque fois déroutant sans être affecté, One In Other s’éloigne encore un peu du dancefloor. Il le fait en
se déhanchant et quand ça lui plaît. Chloé installe un climat sonore qui joue
avec malice d’une certaine retenue – comme si le mystère apparaissait d’abord,
presque incertain, à l’arrière-plan, avant de gagner en présence et en
intensité. Appelons ça une dramaturgie dont les évènements sonores, franchement
incarnés, surviennent avec une certaine puissance contrôlée, qui évite
l’agressivité ou la raideur. Miss Thévenin zigzague, comme elle le faisait sur
son mix coréalisé avec Ivan Smagghe, The
Dysfunctional Family (2006), et revient à ses premiers amours folk, comme
lorsqu’elle avait inclus la reprise de Rock
Bottom Riser de Smog par Gudrun Gut sur son Live At Robert Johnson (2008), le club de Francfort. La boucle paraît
bouclée, mais Chloé va certainement continuer de se mouvoir avec la même
dynamique et la même ferveur car elle confirme ici qu’elle possède bien cette
qualité essentielle de tout vrai(e) musicien(e) : elle a du style.