Il y a ceux qui voient en elle l'égérie BCBG d'un cinéma mollasson, et il y a les autres, jamais remis de son plongeon effronté dans une piscine abyssale. Il y a aussi un peu de nous tous qui ignorent où ranger cette "fille de" vraiment pas comme les autres. Toujours ces souvenirs parasitant de l'enfant sauvage, de sa timidité menaçante, de l'insondable amour paternel, puis ces signes épars de l'apparition d'une femme troublante. À défaut de percer le mystère Charlotte, 5:55 la révèle ici comme l'interprète dévouée et subtile d'un brillant trio d'auteurs-compositeurs Jarvis Cocker/Air, qui ne pouvait pas trouver inspiratrice plus appropriée pour ses rêves cotonneux, bluettes désabusées et chroniques de la cruauté ordinaire. Comme toutes les grandes actrices, elle s'abandonne à tous leurs caprices, leur offre son souffle gracile, son accent anglais mentholé, son registre émotionnel circonscrit entre la mélancolie et le désespoir, mais saupoudré de mille nuances et variations. On ne peut pas chanter cela quand on n'y croit pas.
Ou quand on ne sait pas donner l'illusion de connaître les moindres palpitation et déchirement suscités. Dit par Jarvis Cocker, "my heart is breaking somewhere over Saskatchewan" (AF607105) ferait grimacer d'un air entendu. Avec Charlotte en maîtresse de cérémonie lacrymale, en revanche, l'ironie a des allures de langue morte. Parfois, elle se prend au jeu du double avec une intime conviction, témoin l'écho fantomatique d'un Dunckel/Darkel sur l'inquiétante Nocturnal Intermission. Air poursuit en outre d'autres fantômes, celui de Bowie via Mike Garson dans une prestation au piano digne d'Aladdin Sane (Everything I Cannot See). Le jeu de pistes consistant à remonter le fil de leurs saines obsessions prend un tour encore plus étonnant quand les Versaillais osent convoquer le maître et pater himself dans la (déca)danse. Les tourbillons de cordes de Bonnie And Clyde (The Songs That We Sing), la basse introductive de Cargo Culte (Jamais) : ces clins d'oeil appuyés provoquent ici une curieuse mise en abîme transgénérationnelle. Quand la fille légitime, le fils naturel et les disciples unissent leur voix, il y a des chances pour que le requiem ne soit pas si con.
Ou quand on ne sait pas donner l'illusion de connaître les moindres palpitation et déchirement suscités. Dit par Jarvis Cocker, "my heart is breaking somewhere over Saskatchewan" (AF607105) ferait grimacer d'un air entendu. Avec Charlotte en maîtresse de cérémonie lacrymale, en revanche, l'ironie a des allures de langue morte. Parfois, elle se prend au jeu du double avec une intime conviction, témoin l'écho fantomatique d'un Dunckel/Darkel sur l'inquiétante Nocturnal Intermission. Air poursuit en outre d'autres fantômes, celui de Bowie via Mike Garson dans une prestation au piano digne d'Aladdin Sane (Everything I Cannot See). Le jeu de pistes consistant à remonter le fil de leurs saines obsessions prend un tour encore plus étonnant quand les Versaillais osent convoquer le maître et pater himself dans la (déca)danse. Les tourbillons de cordes de Bonnie And Clyde (The Songs That We Sing), la basse introductive de Cargo Culte (Jamais) : ces clins d'oeil appuyés provoquent ici une curieuse mise en abîme transgénérationnelle. Quand la fille légitime, le fils naturel et les disciples unissent leur voix, il y a des chances pour que le requiem ne soit pas si con.