Fin conglomérat
issu des meilleurs cépages de notre scène post-electronica (Domotic, My Jazzy
Child, Orval Carlos Sibelius), Centenaire s’est d’abord démarqué par la
richesse neutre de ses prestations scéniques, où le groupe avait su convaincre
dans une formule entièrement acoustique, dénuée de toute amplification. Mais
c’est peut-être en péchant par trop d’afféterie et de délicatesse que le
premier Lp de Centenaire, paru en 2006, avait déçu. Une déception
contrebalancée aujourd’hui par 2 – The
Enemy, tétanisant de maestria, qui
s’annonce déjà comme une borne tendue pour l’année en cours. Car si la finesse
et la science des arrangements demeurent, les quatre trentenaires ont réussi à
introduire deux données inédites et fondamentales dans leur musique :
l’électricité et surtout l’inquiétude. Car, en bien des endroits, cette seconde
tentative évoque un autre grand disque de silence(s) injustement oublié, le
premier et unique album de The For Carnation. On y retrouve la même science de
l’espace, cet étirement du temps dans la discrétion ou non, une lumière voilée,
un climat ombrageux, une inquiétude certaine. Comme le confirme Testosterone, aussi menaçant dans ses
plages d’apaisement que violent dans ses explosions rares mais
jusqu’au-boutistes, allant chercher une saine colère jusque dans le metal
indolent de Black Sabbath.
Mais cette noirceur absolue, quasiment nihiliste, n’est pas présente sur l’intégralité de ces sept titres (moins d’une demi-heure pour faire, pourtant, le tour de la question), telle l’ouverture tourneboulante et baroque de Wheelchair, quasiment enjouée pour ne pas dire brillamment pop, ou encore Bottle Of Sound, ritournelle habitée comme The Sea And Cake enregistré par The Cure, époque Carnage Visors (1981). Et que dire alors du morceau éponyme ? On dirait du Slint au jardin d’enfants, faussement primesautier. L’axe médian révèle deux chefs-d’œuvre avec Farmers Underground, tel du Labradford joué par Joy Division, fascinant de tension et très bien agencé malgré ses dissonances, et A Cure (sic), son pendant brumeux, rendu somptueusement mélodique par sa seule proposition vocale. Le disque s’achève sur Back Home, très beau brelan d’accords déceptifs, tournant sur eux-mêmes et un ton de confessionnal d’une rare douceur, émouvant comme aux plus belles heures de Codeine ou des Beach Boys. On entendra probablement d’autres bons albums en 2009, mais il n’est pas certain d’en entendre d’aussi beaux, justes et immédiatement bouleversants que 2 – The Enemy.
Mais cette noirceur absolue, quasiment nihiliste, n’est pas présente sur l’intégralité de ces sept titres (moins d’une demi-heure pour faire, pourtant, le tour de la question), telle l’ouverture tourneboulante et baroque de Wheelchair, quasiment enjouée pour ne pas dire brillamment pop, ou encore Bottle Of Sound, ritournelle habitée comme The Sea And Cake enregistré par The Cure, époque Carnage Visors (1981). Et que dire alors du morceau éponyme ? On dirait du Slint au jardin d’enfants, faussement primesautier. L’axe médian révèle deux chefs-d’œuvre avec Farmers Underground, tel du Labradford joué par Joy Division, fascinant de tension et très bien agencé malgré ses dissonances, et A Cure (sic), son pendant brumeux, rendu somptueusement mélodique par sa seule proposition vocale. Le disque s’achève sur Back Home, très beau brelan d’accords déceptifs, tournant sur eux-mêmes et un ton de confessionnal d’une rare douceur, émouvant comme aux plus belles heures de Codeine ou des Beach Boys. On entendra probablement d’autres bons albums en 2009, mais il n’est pas certain d’en entendre d’aussi beaux, justes et immédiatement bouleversants que 2 – The Enemy.