Pourvu que
l’immense Dropping The Writ ne
pâtisse pas de sa déplorable pochette ! Car sous un habillage mi-arty,
mi-criard, le troisième album de Cass McCombs confirme le talent insensé d’un
auteur compositeur atypique. Remarqué chez 4AD avec l’excellent A (2002), le trentenaire de Baltimore,
désormais basé à Chicago, a développé et affiné une écriture et un univers bien
à lui, affranchis de références, libéré de ces liens qui empêchent tant
d’artistes d’échapper au goût de leur époque, au poids de l’histoire du rock.
Mais comment rendre justice à cette originalité quand rien ne semble ici
radical ou neuf ? Comment fait McCombs pour se hisser à ce point au-dessus
de ses contemporains quand il use exactement des mêmes instruments, des mêmes
ingrédients ? Guitare, basse, batterie, et l’on n’a rien dit. Chœurs,
claviers et chant funambule, et l’on n’en sait guère plus. Il y a parfois dans
ces rythmiques sourdes martelées, ces guitares métalliques et claires, des relents
sauvages et mystérieux du rock’n’roll lumineux de Buddy Holly (Crick In My Neck ou le sublime single That’s That, avec ses doo-wah et ses
chœurs moelleux). Sous le feu roulant d’instruments qui semblent jouer tout
seuls, Lionkiller est une chanson
hypnotique où Cass fait de sa vie un récit épique, qui s’achève sur un orgue
psychédélique. Insaisissable, parfois légère et douce, parfois vrillant sous un
coup de folie, la voix de l’Américain est une perpétuelle source
d’émerveillement. Elle est particulièrement émouvante sur les morceaux au tempo
mesuré et mélodies démesurées, esquisses d’un folk hyper mélodieux (Full Moon Or Infinity, Pregnant Pause, Morning Shadows, d’une beauté éblouissante). Il y a aussi les
objets sonores non identifiés, comme ce Deseret,
jeu de chœurs et d’harmonies vocales qui surfent sur des ruptures de rythme et
finissent par un spectaculaire clin d’œil au Desiree de The Left Banke. En dix titres, le tour est joué :
grand disque, grand homme, qu’on espère l’un et l’autre promis à tous les
honneurs.