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Interview 18/05 de Camera Obscura

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Est-ce la grisaille ou l’excentricité de l’Écosse qui a jeté un voile sur les membres de Camera Obscura ? Difficile de dire pourquoi la formation menée par la plantureuse Tracyanne Campbell est restée dans l’ombre tout ce temps. En une décennie bien remplie de chansons pop référencées et joliment troussées, le quintette a même trouvé le temps de réaliser quatre albums, dont le dernier en date, My Maudlin Career, abrité par la très chic structure 4AD, pourrait bien faire œuvre de passeport vers la reconnaissance. En quelques mots, retour sur un parcours en clair-obscur en compagnie de dame Campbell. Qui n’est pas du genre à cracher dans la soupe.
Interview Nina Rolland.

FRENCH NAVY
“Navy” est avant tout une couleur, le bleu marine. La chanson est partie de là, avant de devenir le premier single de My Maudlin Career. Elle évoque une histoire amoureuse difficile. J’ai utilisé l’image du marin en mer pour exprimer la douleur éprouvée par les personnes qui doivent se séparer un temps de leur conjoint. Ensuite, les autres membres ont associé à ces paroles une musique plutôt enjouée. On travaille souvent de cette façon, d’ailleurs. J’écris des textes relativement mélancoliques que le groupe contraste par des accords plus lumineux. Mais ce décalage entre les thèmes abordés et la musique n’est pas volontaire. Il vient du fait que le processus de composition se fait en deux temps. Il peut m’arriver d’avoir des idées pour la structure ou les arrangement, mais ce qui m’intéresse le plus en tant qu’auteure, c’est la mélodie de chant car cette dernière fait qu’un morceau va être considéré comme triste ou gai. Bon, cela dit, ne te méprends pas : je suis une personne heureuse dans le fond ! (Rires.) Seulement, lorsque je tiens une plume, tout devient plus sombre. Pour en revenir à French Navy, nous avons également fait un clip, dont les images ont été tournées à Paris, Rome et Barcelone. C’est le réalisateur qui a eu cette idée lorsqu’il a entendu la chanson. Et je suis contente que Paris y apparaisse, c’est un très bel endroit et surtout la ville absolue du romantisme. (Sourire.)

ELEFANT RECORDS
Nous avons beaucoup eu beaucoup de chance d’avoir été signé sur Elefant et de travailler avec Luis et Montse. Ils ont sorti nos deux albums précédents, Underachievers Please Try Harder et Let’s Get Out Of This Country (2006). Bien que le commerce de la musique ait évolué ces dernières années, ils ont su rester indépendants. Ils sont très liés avec leurs artistes, ils ne sont pas là simplement pour signer des groupes et récolter l’argent. Mais on a senti le besoin d’évoluer et de changer de maison. Nous avons alors rencontré les personnes de 4AD grâce à Merge Records, qui nous distribue aux États-Unis. En réalité, Jason White a entendu qu’on cherchait un nouveau label et a proposé de nous signer. D’autres structures se sont manifestées, mais 4AD nous correspondait plus sur le plan artistique. Nous sommes cependant restés en très bons termes avec les gens d’Elefant. Ils ont tout de suite compris qu’on avait des ambitions, notamment sur le plan international. Car notre popularité se limitait à l’Espagne et aux États-Unis : paradoxalement, en Grande-Bretagne nous sommes de quasi inconnus.

JARI HAAPALAINEN
Un monsieur fantastique ! Il a produit My Maudlin Career et Let’s Get Out Of This Country (2006). Il nous a beaucoup aidés. Je crois que ça doit être dans son caractère de s’impliquer à cent pour cent dans tout ce qu’il fait. Avant lui, nous n’avions jamais travaillé avec un producteur sur tout un album. Alors, on était partagé entre le sentiment d’appréhension de travailler avec une personne étrangère à notre musique et l’enthousiasme d’être guidé par un professionnel. Entre lui et nous, le courant est tout de suite passé. À tel point qu’on le considère aujourd’hui comme un membre à part entière du groupe. Il a été très présent dans la conception de ce nouvel album, avant même l’enregistrement. Il n’hésitait pas à donner son avis sur les compos, leurs structures, leurs arrangements. Cette fois, nous sommes allés à Stockholm, dans les studios Atlantis. Abba y avait enregistré, tu imagines donc à quel point nous étions impressionnés ! (Sourire.) Cette fois-ci, nous avons préféré changer de lieu car avoir ses repères dans un endroit peut nuire à ta créativité. Il en va de même pour les personnes avec lesquelles on collabore. C’est d’ailleurs pour cela que je ne sais pas si on pourrait travailler une troisième fois avec Jari. Maintenant, j’aurais également peur d’être déçue par un autre producteur. On a le temps d’y réfléchir, on verra bien.

EIGHTIES FAN
L’une des premières chansons que j’ai écrite. Et, oui, elle a été produite par Stuart Murdoch de Belle And Sebastian. À l’époque, on n’avait pas encore de batteur, mais on se produisait dans des bars de Glasgow. Un jour, Stuart nous a repérés, on a sympathisé et il nous a proposé d’enregistrer l’une de nos compos chez lui. Il a tout de suite eu des idées d’arrangements pour Eighties Fan et a jeté son dévolu sur ce titre. Nous étions intimidés car on se retrouvait en studio pour la première fois et l’on ne savait pas bien comment s’y prendre… Je ne sais pas trop pourquoi il n’a pas produit tout l’album Biggest Blue Hi-Fi. Je crois qu’il était trop timide pour nous le demander. Et comme nous l’étions tout autant que lui… (Rires.)

SCOTTISH ARTS COUNCIL
Il s’agit d’une association qui finance et promeut l’art en Écosse. Généralement, nous finançons nos albums nous-mêmes. Lorsque nous avons débuté, nous avions peur de prendre de mauvaises décisions en subissant la pression d’un label. Aussi, pour garder un contrôle total, on a préféré utiliser nos propres sous. Et puis, on a appris que le Scottish Arts Council pouvait nous donner un coup de main financier… Ils nous ont également permis d’aller jouer au festival texan South By Southwest. Ils aident ainsi de nombreux projets artistiques, à condition de prouver qu’on a réellement besoin d’un financement.

TWEE POP
(Long soupir.) Je n’aime pas trop cette expression. Il paraît que Camera Obscura appartient à ce courant musical. Mais comme je ne comprends pas bien la signification de ce nom, on essaye de s’en extirper… Pour moi, le mot “twee” a une connotation négative. Il signifie “mignon”, mais dans le sens puéril. Je ne pense pas que mon groupe, ni ma musique ne soient ainsi. Maintenant, je n’ai pas d’autre genre à te proposer ! En fait, on peut aussi bien sonner soul, country que pop. Je trouve ça ringard d’avoir à définir précisément sa musique. Mais je ne vais pas non plus me révolter contre cette appellation… Je suis ouverte d’esprit, après tout. (Sourire.) Maintenant, il faut quand même savoir que j’ai grandi et que je déteste qu’on me considère encore comme une enfant.

PHOTOGRAPHIE
J’aurais bien aimé te répondre que notre nom vient de là mais ce n’est malheureusement pas le cas. En fait, il existe à Edimbourg un endroit appelé Camera Obscura qui se situe dans la tour du château et offre une vue magnifique sur la ville.

LLOYD COLE
J’ai toujours été une grande fan. J’avais vingt ans lorsque je me suis vraiment mise à la musique. J’ai alors commencé à explorer un peu tous les univers musicaux et particulièrement la scène de Glasgow, avec Lloyd Cole & The Commotions. Quand on est adolescent et que l’on joue dans un groupe, je crois qu’il est assez naturel de se tourner vers les artistes originaires de sa ville. Et c’est ainsi que Lloyd Cole est devenu l’un de mes chanteurs préférés. Puis, il y a trois, quatre ans, je me suis remise à écouter l’album Rattlesnakes et j’ai décidé d’écrire cette chanson, Lloyd I’m Ready To Be Heartbroken, en réponse et en clin d’œil à son magnifique titre Are You Ready To Be Heartbroken?. Sincèrement, je ne m’étais pas imaginée qu’il pourrait l’entendre un jour ! (Rires.) Mais apparemment, il l’a écoutée et, mieux, il a bien aimé. Pour dévoiler toute l’histoire, on appris la nouvelle par… son fils William, qui aime beaucoup notre musique !

CARRIÈRE
On est plutôt satisfait de la tournure des événements, jusqu’à présent. On a su rester simple et c’est ce qui importe. Le titre, My Maudlin Career, n’est pas à prendre au premier degré (“une carrière sentimentale, dramatique”, en VF). J’ai voulu faire un jeu de mot avec “modeling”, qui signifie mannequinât. J’ai voulu jouer la carte de l’autodérision pour dire que nous en sommes arrivés là où nous sommes grâce à la mélancolie exagérée qui ressort de mes textes.
Nina Rolland
MAGIC RPM  #131


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