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Before The Dream Faded
archive mag février 2006
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Cernes et rides légères creusent désormais un tantinet le visage longtemps poupon de Calvin Johnson, un homme qui sait sûrement ce qu'il en coûte de gérer un label indépendant sur près de vingt ans. De fait, l'intitulé de son deuxième album solo suggère-t-il une déconvenue amoureuse, ou plutôt un état des lieux de l'utopie lo-fi ? Dans tous les cas, sa musique continue de s'étoffer, quand bien même elle entend ne pas dévier de sa frugale ligne de conduite. Toujours bancale, mais moins invertébrée que les dérives chaloupées de Dub Narcotic, le précédent collectif où il s'est illustré, elle se rapproche parfois du Tom Waits de la période SwordfishTrombones, assumant en cela sa culture américaine de manière facétieuse et composite. L'introductif When Hearts Turn Blue donne l'impression d'entendre le Robert Mitchum de La Nuit Du Chasseur, accompagné par les claviers d'Anne Laplantine, quand I Am Without pourrait sonner comme une cover famélique d'un standard 60's du label Stax. Derrière ce modélisme éprouvé et la jubilation de Calvin Johnson à jouer une fois encore de son timbre caverneux, il se dégage de cet album une indiscutable intensité. Qu'il s'inspire des musiques de cartoons, du blues du Delta ou de l'héritage des Shaggs, ce bricolage n'invoque jamais la seule beauté de l'artisanat et laisse constamment place à un ensemble harmonieux, où les passages bringuebalants sont vite épaulés par des pop songs caressantes, Your Eyes étant de ces ballades qui auraient pu figurer sur les albums Jamboree ou Dreamy de Beat Happening.
Julien Welter
article extrait de :
MAGIC RPM #97
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