Encore un groupe américain tiraillé entre le folk des champs et l'avant rock des villes ? Chez Califone, le supposé dilemme est amené par la conciliation. En point d'orgue, Orchids est exhumé du répertoire de Psychic TV, une cover qui survient non comme un cheveu sur la soupe, mais peut-être en hommage à un groupe réputé pour ses concassements industriels, tout en se révélant susceptible de s'offrir de temps en temps une pop song fraîche comme la rosée, histoire de prouver qu'il était capable d'en composer une. À première écoute, Tim Rutili et Ben Massarella ne semblent pas savoir où ce nouvel enregistrement va les mener, une méthode de travail assumée depuis l'album Quicksand/Cradlesnakes et un passage obligé par le festival All Tomorrow's Parties, qui ont révélé Califone en 2003. Le legs encombrant de Bill Frisel, Dirty Three ou Wilco, relayé par nombre de guitares, banjos et violons, a effectivement tendance à rendre le parcours caillouteux. Marqués par l'improvisation, ces entrelacs trahissent cependant une ambition à revenir avec sincérité à la source de l'indie pop dans son cisellement mélodique. L'inventivité et l'hétéroclisme de Califone ne se recommandent donc en rien du versant "garnement" de Beck, ni du côté professoral des formations au talent également composite signées chez Thrill Jockey. À l'avenir, ce groupe sera peut-être même capable de faire autre chose des impondérables de l'americana que de les passer à la moulinette. Faisons un rêve.