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Heron King Blues de Califone

chronique d'album
Inspiré du blues industriel de l'apocalyptique Bone Machinede Tom Waits et des dernières aventures en date de Wilco, Heron King Bluesdresse le couvert d'un banquet de clochards aussi célestes que débraillés. En grande partie mitonnée au studio Clava de Chicago par Tim Rutili et ses complices, la pitance servie par ces anciens Red Red Meat est désormais de celles que l'on ronge jusqu'à  l'os. Car le blues dont il est ici question ne se pose définitivement pas de questions, comme si l'improvisation pouvait seule rendre justice à  une musique maintes fois souillée par des fanatiques peu scrupuleux. Découpée et remontée sur des machines bancales, cette ode au roi Héron (et accessoirement cinquième album de Califone) évoque une version hi-fi des morceaux que Beck enregistrait jadis dans sa cave sur un quatre-pistes à  cassettes et sans accordeur, sous l'aile protectrice de Calvin Johnson (K Records). Authentique pilier de l'armée des ombres du folk alternatif américain, ce club des cinq utilise plus d'instruments qu'il n'en maîtrise réellement, abordant l'usage de ceux-ci (orgue matryx, banjo sans frettes, violon turc) avec une candeur et une fraîcheur toujours enthousiasmantes. Les thèmes abordés, à  l'instar de ceux de Nick Cave, évoluent dans un marécage d'images crasseuses à  souhait, entre miséricorde et prières, numérologie et autres oiseaux de mauvais augure. Pas vraiment du genre à  pratiquer l'autodérision ou la thérapie par le rire, Califone n'en demeure pas moins une valeur sûre dont on ne manquera pas de vérifier les qualités scéniques.
Renaud Paulik
MAGIC RPM  #78
article extrait de :
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