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Carried To Dust de Calexico

chronique d'album
Calexico est l’une des rares formations dont on peut qualifier la musique de “cinématographique” sans que ce soit une injure. Joey Burns, John Convertino et leurs compadres portent une affection évidente au septième art (Leone à coup sûr, Peckinpah et Eastwood sans doute), s’y frottant avec discernement à l’occasion : une apparition dans le superbe Collateral (2004) de Michael Mann, un live à Sundance l’année suivante. Mais Calexico brille avant tout par sa capacité à installer et renouveler un monde d’images immédiatement identifiable, finalement plus personnel que référencé – dépassement du matériau étranger où la majorité des musiciens cinéphiles se cassent les dents. Les cow-boys sombres de Tucson ont ainsi approfondi leur champ thématique et esthétique, jusqu’à un Feast Of Wire (2003) au succès mérité. En 2006, accident de parcours : les paysages factices de Garden Ruin rappellent, aux dépens de leurs auteurs, que le western est réfractaire au confort électrique comme à l’eau de Cologne. Histoire d’obtenir l’absolution de leur audience et de séduire plus largement à nouveau, Carried To Dust a été enregistré avec l’équipe du précédent. Renouant avec une mélancolie de frontière sous un éclairage pop (plus de dorures et de chant, moins de poussière et de tord-boyaux), ce sixième album n’est pas pour autant débarrassé d’une tare récente, cette tendance à l’exotisme latino de comptoir connue sous le nom de “syndrome Manu Chao”. Le disque mineur de musiciens de genre partis à la reconquête de leur univers ? C’est en tout cas notre scénario idéal. 
Michael Patin
MAGIC RPM  #123


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