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Hell's Winter
archive mag novembre 2005
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La vie de Chris Palko, alias Cage, ressemble à l'une de ces terribles légendes urbaines qui inspirent le cinéma américain. Fils d'un militaire héroïnomane et violent (nommé Bill Murray!), abusé par son beau-père, mis à l'asile psychiatrique suite à divers actes de délinquance, utilisé comme testeur pour le Prozac, devenu amateur de drogues dures et suicidaire, il a finalement trouvé une échappatoire dans l'écriture hip hop, et réussi à s'imposer en dix années de tourmente comme l'un des Mc's les plus convoités de la Côte Est. Après un premier album forcément sombre, Movies For The Blind, paru en 2002, sur lequel apparaissent déjà quelques pointures comme RJD2 ou Dj Mighty, il participe l'année suivante à la formation de The Weathermen, super-groupe réunissant notamment Aesop Rock, Vast Aire, Camu Tao et l'omnipotent El-P. On retrouve aujourd'hui notre "survivor" entouré de ses nombreux amis pour un deuxième long format, le très abouti Hell's Winter. S'agissant d'un disque "solo", il est agréable de remarquer que les invités mettent leurs obsessions personnelles en sourdine pour servir celles, nombreuses et souvent terrifiantes, du maître des lieux. Seul Dj Shadow, producteur de Grand Ol Party Crash, peine à se défaire de ses tics de star internationale, tandis que RJD2, décidément inconstant, essaye en vain de jeter du miel sur la gorge rageuse de Cage. De manière générale, les morceaux où figure El-P sont les plus aboutis, les deux hommes parvenant à se tirer l'un l'autre vers des hauteurs dévastées où l'humour noir fait office de neige éphémère (Too Heavy For Cherubs, Lord Have Mercy). Mais on notera avec malice que les deux meilleurs titres, Good Morning et Stripes, sont ceux qui bénéficient des ronronnements de James McNew, bassiste inspiré de Yo La Tengo. Ouvrant une fenêtre acoustique au coeur de son enfer musical, Palko se laisse alors aller à la mélancolie. Un sentiment peut-être encore inconnu, mais qui lui sied particulièrement bien.
MICHAËL PATIN
article extrait de :
MAGIC RPM #95
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