En attendant les nouveaux albums des revenants Themselves et Antipop Consortium, Jellhi Beam, le dernier essai de Busdriver, fait figure de sérieux mètre étalon en matière de rap fracturé du ciboulot. Du hip hop plongé dans un chaudron psyché-synthétique en constante ébullition, peuplé de textures futuristes où les infrabasses engluent l'esgourde et les beats déchirent l'attention. Ces bouillonnements soniques sont bien sûr toisés par le flow supersonique et superpuissant de Busdriver, qui nous détaille ici scrupuleusement chaque titre de l'œuvre la plus ambitieuse et inextricable de son parcours.
01 - Split Seconds (Between Nannies And Swamis)
Busdriver : Ce disque ne s’ouvre pas vraiment sur un cri revendicatif, mais plutôt sur cette question ouverte : pourquoi est-ce que je m’embarrasse de toutes ces valeurs, mon cher ? Et quand je me plie à la volonté d’autrui, cela me rend-il meilleur pour autant ? En réalisant les dangers de se prêter à une telle réflexion surexploitée, j’ai choisi d’utiliser ces « dixièmes de seconde » comme une métaphore clé afin d’illustrer le moment où l’on renonce à ses idéaux. J’ai essayé d’écrire en balayant les généralisations et les allégories pour privilégier le sens. Ce que l’on obtient au final est une lamentation colorée sur la dualité. Heureusement, le beat de Nosaj Thing, qui inspire la révérence, donne à la chanson l’arrière-plan fastueux dont elle a besoin pour diffuser un peu des éclats de sagesse qu’elle est censée distiller.
02 - Me-Time (With The Pulmonary Palimpsets)
Cette chanson illustre bien ce que j’ai essayé de faire en premier lieu avec ce disque : réviser mes vieilles approches et endosser le rôle que le morceau me demande d’endosser. Cette idée dirigeait à chaque fois la réalisation des titres.
03 - Handfuls Of Sky
Avant de donner la démo de Handfuls Of Sky à Nobody, je voyais les choses virées vers la même direction empruntée par "Mr. Mistake" sur Roadkillovercoat. Mais après environ un mois passé à jeter des idées sur ce fameux mur de l’inspiration en espérant que l’une d’elles colle, il est devenu évident que la vibration psyché-convulsive que Nobody a si parfaitement engendrée était la seule direction sensée. Une certaine grandiloquence alliée à un rap minutieux est devenu notre violon d’Ingres, encore une fois. Bizarrement, écrire les vers pour cette chanson s’est avéré être pour moi l’une des catharsis les plus utiles de l’année. J’ai lentement déversé chaque portion pendant une tournée en Australie. C’est devenu mon jardin secret duquel je tenais à l’écart mon collègue de scène et mon tour manager pendant les jours de canicule à Sydney. Rien que pour ça, une place lui était réservée sur le disque.
04 - Scoliosis Jones
Au départ, j’ai écrit cette chanson à partir d’un beat que j’ai fait pour la bande originale de The Holy Mountain. Je voulais que le morceau prenne la tournure d’un conte dans l’esprit d’Avantcore sur Fear Of A Black Tangent). Mais une fois que Daedelus m’a joué ce tempo mouvant et techno-minimaliste, ça a tout de suite redéfini la chanson. J’ai abandonné mes espoirs premiers et me suis offert entièrement au dancefloor printanier de Narnia.
05 - Least Favorte Rapper (featuring Nocando)
Un après-midi de rigolade passé à écrire avec un ami à côté de l’appareil de chauffage d’un autre.
06 - Quebec And Back
Le thème est ici inspiré par les mésaventures de mon vieux pote Subtitle. Il y a quelques années, il s’est décidé à s’éloigner de lui-même des tumultes d’Hollywood pour s’installer dans l’accueillante et gentillette ville de Montreal… en tout cas, je pensais que c’était comme ça qu’il résonnait. Peut-être qu’il appliquait plutôt la mentalité de L.A. à la terre entière. En pensant que les locaux allaient s’adapter à son style de vie, reconnaître son génie et lui réserver les égards qu’il pensait mériter. Quoiqu’il en soit, la désillusion saisissante vis-à-vis de l’industrie de l’amusement et de l’hédonisme qu’elle supplie était un bon angle pour cette histoire. Et envisager le Quebec comme un lieu utopique pour artiste en mal d’inspiration m’a semblé être assez comique pour que je joue avec ça dans une chanson. Même si le Canada est la cible facile pour tous les comiques de quartier.
07 - Do The Wop
De tous les albums de Daedelus qui flottent à la surface, mon favori est Denies The Days Demise. Le beat est harnaché à ce disque, et en cela, convoque une certaine forme d’immédiateté. Le titre que j’ai découvert sans le beat s’est écrit tout seul, de façon très simple.
08 - World Agape (featuring Greg Saunier)
Mon amour pour tout ce qui touche à Deerhoof, c’est du béton. C’est une partie intégrante de moi-même. Et mon amitié avec les membres fondateurs est l’un des plus beaux trésors que j’ai pu découvrir pendant toutes ces années passées à côtoyer quelques lumières de la musique indépendante. Et cette relation devait se dévoiler dans une chanson. Celle-ci devait être (et l’est encore je l’espère) le début de cette mise à nu. J’ai envisagé ce morceau comme un exercice fructueux pour Greg Saunier et moi. Avec sa rythmique, il a donné une forme organique à ce qu’il pensait être une chanson de Busdriver. J’ai tout fait pour rester en accord avec son idée.
09 - Manchuria (featuring Mikah-9)
Cette chanson devait à l’origine être produite par Hudson Mohawke de WARP. Le riff que Mikah et moi utilisons ici est basé sur un beat qu’il nous avait donné au tout début de la création du titre. Au bout d’un certain temps, pour des raisons de temps, et pour d’autres histoires, j’ai confié les rênes de la production à mon homme, DJ Nobody. Je ne regrette en aucun cas ce choix. Il a réussi à extirper de cette chanson quelque chose que je n’aurais jamais trouvé : une tentative de folk pakistanais, obsédante et post-apocalyptique. Mikah et moi avons passé environ une heure à fuseler le refrain, mais quand j’y repense, j’aurais aimé que nous restions plus fidèles aux éléments apportés au tout départ. Nous avons atteint un certain niveau dans notre travail en commun, que nous n’arrivons jamais à pousser dans ses retranchements. Si nous avions pris un peu plus de temps pour écrire, nous y serions peut-être arrivés.
10 - Unsafe Sextet/Gilded Hearts Of Booklovers
Je n’ai jamais accordé trop de crédit à ce morceau. J’ai constamment choisi de ne pas en tenir compte, le jetant à la corbeille, même à la toute fin de la réalisation de l’album. À la fin de la journée, la texture panoramique couplée à une réalisation racée a rendu cette chanson indispensable. La plupart de mes compositions peuvent être inclues dans un tout vaguement cohérent, mais celle-ci s’échappe par sa composition particulière. Elle emprunte une direction que je devrais peut-être commencer à explorer maintenant.
11 - Happy Insider (featuring Nick Thorburn)
Dans une tentative de rallier The Pharcyde, je me suis lancé dans une paire de chansons relationnelles après avoir redécouvert sur ce disque mon goût pour la dynamique écriture/enregistrement. L’esprit railleur des Unicorns et des Early Islands (sic) a éclairé l’écriture et lui a donné sa structure (merci Nick). Je me suis mis à me souvenir d’amours passés qui partaient à vau-l’eau, tout en m’amusant à matraquer le beat comme un ours écumeux qui devient sauvage. Que du bon temps !
12 - I've Always Known
Ce titre aurait pu émerger à n’importe quel moment durant ces quatorze dernières années. Comme une capsule temporelle.
13 - Fishy Face (featuring John Dietrich)
Chanson d’amour numéro deux ! Si je regrette une seule chose ici, c’est de ne pas avoir mis la contribution de John plus en avant dans le mix. J’ai l’impression que toutes les imbrications sonores sont noyées dans la soupe sonique du titre. Ça m’attriste de ne pas avoir eu la présence d’esprit d’élaguer cette abondance. Mais peu importe. cette chanson reste le seul conte non-fictionnel de Jhelli Beam. Mes penchants pour la lubricité, et mes tentatives pour faire mûrir une relation après avoir connu de tels antécédents pendant si longtemps. Au final, le point noir concédé au manifeste rock’n’roll.
01 - Split Seconds (Between Nannies And Swamis)
Busdriver : Ce disque ne s’ouvre pas vraiment sur un cri revendicatif, mais plutôt sur cette question ouverte : pourquoi est-ce que je m’embarrasse de toutes ces valeurs, mon cher ? Et quand je me plie à la volonté d’autrui, cela me rend-il meilleur pour autant ? En réalisant les dangers de se prêter à une telle réflexion surexploitée, j’ai choisi d’utiliser ces « dixièmes de seconde » comme une métaphore clé afin d’illustrer le moment où l’on renonce à ses idéaux. J’ai essayé d’écrire en balayant les généralisations et les allégories pour privilégier le sens. Ce que l’on obtient au final est une lamentation colorée sur la dualité. Heureusement, le beat de Nosaj Thing, qui inspire la révérence, donne à la chanson l’arrière-plan fastueux dont elle a besoin pour diffuser un peu des éclats de sagesse qu’elle est censée distiller.
02 - Me-Time (With The Pulmonary Palimpsets)
Cette chanson illustre bien ce que j’ai essayé de faire en premier lieu avec ce disque : réviser mes vieilles approches et endosser le rôle que le morceau me demande d’endosser. Cette idée dirigeait à chaque fois la réalisation des titres.
03 - Handfuls Of Sky
Avant de donner la démo de Handfuls Of Sky à Nobody, je voyais les choses virées vers la même direction empruntée par "Mr. Mistake" sur Roadkillovercoat. Mais après environ un mois passé à jeter des idées sur ce fameux mur de l’inspiration en espérant que l’une d’elles colle, il est devenu évident que la vibration psyché-convulsive que Nobody a si parfaitement engendrée était la seule direction sensée. Une certaine grandiloquence alliée à un rap minutieux est devenu notre violon d’Ingres, encore une fois. Bizarrement, écrire les vers pour cette chanson s’est avéré être pour moi l’une des catharsis les plus utiles de l’année. J’ai lentement déversé chaque portion pendant une tournée en Australie. C’est devenu mon jardin secret duquel je tenais à l’écart mon collègue de scène et mon tour manager pendant les jours de canicule à Sydney. Rien que pour ça, une place lui était réservée sur le disque.
04 - Scoliosis Jones
Au départ, j’ai écrit cette chanson à partir d’un beat que j’ai fait pour la bande originale de The Holy Mountain. Je voulais que le morceau prenne la tournure d’un conte dans l’esprit d’Avantcore sur Fear Of A Black Tangent). Mais une fois que Daedelus m’a joué ce tempo mouvant et techno-minimaliste, ça a tout de suite redéfini la chanson. J’ai abandonné mes espoirs premiers et me suis offert entièrement au dancefloor printanier de Narnia.
05 - Least Favorte Rapper (featuring Nocando)
Un après-midi de rigolade passé à écrire avec un ami à côté de l’appareil de chauffage d’un autre.
06 - Quebec And Back
Le thème est ici inspiré par les mésaventures de mon vieux pote Subtitle. Il y a quelques années, il s’est décidé à s’éloigner de lui-même des tumultes d’Hollywood pour s’installer dans l’accueillante et gentillette ville de Montreal… en tout cas, je pensais que c’était comme ça qu’il résonnait. Peut-être qu’il appliquait plutôt la mentalité de L.A. à la terre entière. En pensant que les locaux allaient s’adapter à son style de vie, reconnaître son génie et lui réserver les égards qu’il pensait mériter. Quoiqu’il en soit, la désillusion saisissante vis-à-vis de l’industrie de l’amusement et de l’hédonisme qu’elle supplie était un bon angle pour cette histoire. Et envisager le Quebec comme un lieu utopique pour artiste en mal d’inspiration m’a semblé être assez comique pour que je joue avec ça dans une chanson. Même si le Canada est la cible facile pour tous les comiques de quartier.
07 - Do The Wop
De tous les albums de Daedelus qui flottent à la surface, mon favori est Denies The Days Demise. Le beat est harnaché à ce disque, et en cela, convoque une certaine forme d’immédiateté. Le titre que j’ai découvert sans le beat s’est écrit tout seul, de façon très simple.
08 - World Agape (featuring Greg Saunier)
Mon amour pour tout ce qui touche à Deerhoof, c’est du béton. C’est une partie intégrante de moi-même. Et mon amitié avec les membres fondateurs est l’un des plus beaux trésors que j’ai pu découvrir pendant toutes ces années passées à côtoyer quelques lumières de la musique indépendante. Et cette relation devait se dévoiler dans une chanson. Celle-ci devait être (et l’est encore je l’espère) le début de cette mise à nu. J’ai envisagé ce morceau comme un exercice fructueux pour Greg Saunier et moi. Avec sa rythmique, il a donné une forme organique à ce qu’il pensait être une chanson de Busdriver. J’ai tout fait pour rester en accord avec son idée.
09 - Manchuria (featuring Mikah-9)
Cette chanson devait à l’origine être produite par Hudson Mohawke de WARP. Le riff que Mikah et moi utilisons ici est basé sur un beat qu’il nous avait donné au tout début de la création du titre. Au bout d’un certain temps, pour des raisons de temps, et pour d’autres histoires, j’ai confié les rênes de la production à mon homme, DJ Nobody. Je ne regrette en aucun cas ce choix. Il a réussi à extirper de cette chanson quelque chose que je n’aurais jamais trouvé : une tentative de folk pakistanais, obsédante et post-apocalyptique. Mikah et moi avons passé environ une heure à fuseler le refrain, mais quand j’y repense, j’aurais aimé que nous restions plus fidèles aux éléments apportés au tout départ. Nous avons atteint un certain niveau dans notre travail en commun, que nous n’arrivons jamais à pousser dans ses retranchements. Si nous avions pris un peu plus de temps pour écrire, nous y serions peut-être arrivés.
10 - Unsafe Sextet/Gilded Hearts Of Booklovers
Je n’ai jamais accordé trop de crédit à ce morceau. J’ai constamment choisi de ne pas en tenir compte, le jetant à la corbeille, même à la toute fin de la réalisation de l’album. À la fin de la journée, la texture panoramique couplée à une réalisation racée a rendu cette chanson indispensable. La plupart de mes compositions peuvent être inclues dans un tout vaguement cohérent, mais celle-ci s’échappe par sa composition particulière. Elle emprunte une direction que je devrais peut-être commencer à explorer maintenant.
11 - Happy Insider (featuring Nick Thorburn)
Dans une tentative de rallier The Pharcyde, je me suis lancé dans une paire de chansons relationnelles après avoir redécouvert sur ce disque mon goût pour la dynamique écriture/enregistrement. L’esprit railleur des Unicorns et des Early Islands (sic) a éclairé l’écriture et lui a donné sa structure (merci Nick). Je me suis mis à me souvenir d’amours passés qui partaient à vau-l’eau, tout en m’amusant à matraquer le beat comme un ours écumeux qui devient sauvage. Que du bon temps !
12 - I've Always Known
Ce titre aurait pu émerger à n’importe quel moment durant ces quatorze dernières années. Comme une capsule temporelle.
13 - Fishy Face (featuring John Dietrich)
Chanson d’amour numéro deux ! Si je regrette une seule chose ici, c’est de ne pas avoir mis la contribution de John plus en avant dans le mix. J’ai l’impression que toutes les imbrications sonores sont noyées dans la soupe sonique du titre. Ça m’attriste de ne pas avoir eu la présence d’esprit d’élaguer cette abondance. Mais peu importe. cette chanson reste le seul conte non-fictionnel de Jhelli Beam. Mes penchants pour la lubricité, et mes tentatives pour faire mûrir une relation après avoir connu de tels antécédents pendant si longtemps. Au final, le point noir concédé au manifeste rock’n’roll.