Une intro scratchée pétaradante. Quelques notes de piano échantillonnées. Un beat à peine défloré qu’une voix de gravier mate aussi sec. Les premiers mots claquent à l’oreille comme une gifle venant briser un trop long silence. Buck 65 est de retour. Et l’ex-pensionnaire d’Anticon a jeté un voile sur ses aspirations de compositeur “classique”. Situation est un album de hip hop carré et impec’. Peut-être pour mieux semer les doutes qui le poursuivaient depuis la sortie de Secret House Against The World en 2005 (cf. les bulletins postés régulièrement sur son site), peut-être pour mieux réaffirmer son attachement à un genre qu’il décria par orgueil, Richard Terfry revient donc aux bases, épaulé par Skratch Bastid et armé d’un thème maître : l’année 1957. Celle de la guerre froide, de Jailhouse Rock, de l’Internationale Situationniste, du Sur La Route de Kerouac… Autant de perspectives que le Canadien traduit en cadence avec l’humour, l’érudition et l’acuité qui le distinguent de ses contemporains depuis plus d’une dizaine d’années. Les haillons célestes des Ho-Boys, les jours de gloire de 1957, l’effronterie taquine de Cop Shades ou le chrome atomique d’une Benz, ce nouvel effort regorge d’instrumentaux fougueux (sans être géniaux) que le rappeur imprègne d’un phrasé fantastique, aussi grave que précis, engluant et surchauffé comme le goudron fumant. Moins dense et plus ludique que le classique Man Overboard (1999), très loin des expérimentations de l’essentiel Square (2002), Situation remet d’aplomb un homme qu’on voyait perdu, entre ambitions démesurées et narcissisme envahissant. Ajoutez à ce disque la BO obsédante composée pour le film français L’Histoire de Richard O., le projet Bike For Three en compagnie de la chanteuse Joëlle Phuong Minh Lê, et une nouvelle migration parisienne... Buck 65 est de retour, donc.