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CONSTANTINES - Kensington Heights / BRENDAN CANNING - Something For All Of Us… de Broken Social Scene

chronique d'album

L’arrivée d’Arts & Crafts sur la carte des labels canadiens importants des années 2000 fut reçue comme une alternative lumineuse aux Montréalais de Constellation et sa cohorte de groupes désespérés. De Feist à Broken Social Scene, en passant par Stars et Apostle Of Hustle, cette écurie de Toronto, dont les poulains semblaient dopés aux amphétamines naturelles, promettait de beaux lendemains sous formes de rock dionysiaque et de soul minimaliste, de disco lo-fi et de folk de l’espace doré au soleil cubain.

Bref, l’harmonie homme-femme enfin retrouvée et un sens inné du collectif sont les secrets de la réussite de ces formations aux multiples facettes. Mais depuis presque dix ans, il apparaît clairement que le catalogue d’Arts & Crafts semble déjà à bout de souffle. Des brouillons The Most Serene Republic au classique ronflant de Jason Collett, on accueillera en serrant les dents ces  grandes gueules de Constantines, faute de goût certaine et pénible resucée de Springsteen à la sauce Foo Fighters. C’est dire si les séances de musculation apporte plus de graisse que de beauté physique à cet interminable Kensington Heights, quatrième album de ce quintette originaire d’Ontario dont on ne cherchera pour rien au monde à découvrir leur discographie passée. On se reportera plutôt sur le deuxième opus de la série Broken Social Scene Presents, qui met à l’honneur le bassiste Brendan Canning, un de ses membres fondateurs à l’époque où le groupe pas encore protéiforme pratiquait un post-rock dans l’air du temps.

Après l’honorable If Spirit… (2007) de Kevin Drew, Something For All Of Us… permet au barbu le plus effacé de la troupe d’apparaître dans la lumière en révélant une écriture bigarrée et un chant discret, moins crooner que son complice. Autant influencé, selon ses propres aveux, par Steve Miller Band que par Sonic Youth, Brendan Canning réconcilie les extrêmes avec l’aisance mélodique qui caractérise depuis toujours Broken Social Scene. Si les lignes de basse sinueuses et dynamiques se font plus présentes en insistant judicieusement sur leur groove (les imparables Something For All Of Us et Hit The Wall), sans oublier le sensuel et discoïde Love Is New, on ressent paradoxalement un certain surplace dans l’écriture foisonnante d’un tel album.

Comme si l’accumulation de personnalités et de talents cantonnaient finalement Broken Social Scene dans un mille-feuille indie pop rock toujours avenant mais de moins en moins surprenant. La solution à une éventuelle impasse ? Inviter une complice de toujours comme Feist à défiler en tête de cortège serait une belle promesse de renouveau.

Thomas Bartel
MAGIC RPM  #123


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