À l'heure du iPod et des Mp3, Warp publie une seconde compilation de raretés signées Broadcast, car le principe rétrospectif et évolutif est essentiel à l'appréciation de cette musique, une matière sonore sans cesse remodelée dont les échos ont autorisé un temps les plus expéditifs à la présenter comme le versant lunaire et ombrageux de Stereolab, une autre formation occupée à moduler perpétuellement les deux ou trois mêmes motifs. Les disques de Broadcast ont résulté d'accouchements difficiles, un travail arrêté par l'obligation de rendre une copie jamais sciemment achevée. D'où peut-être le tracklisting non chronologique de ce Cd, mieux à même de figurer les mutations implicites de cette oeuvre. D'où l'existence aussi d'une discographie parallèle et passionnante, ces maxis qui regorgent de compositions n'ayant pu trouver une place dans l'édifice complexe de The Noise Made By People (2000) et Haha Sound (2003). Avec le plus immédiat Tender Buttons (2005), à la gestation presque accélérée, c'est un groupe en formation légère qui semble s'être émancipé de ce processus douloureux. Il est possible de marquer aujourd'hui une étape, pour envisager avec détachement ce passé tortueux, exhumer cette collection de tubes à essais et apprécier différemment les reliefs escarpés d'une production aussi nivelée que les cratères lunaires, gage d'un son bien sûr cosmique, mais qui a beaucoup de corps. Un mur du son, mais un mur fissuré, faillible et humain, plus proche de celui du compatriote ingérable Joe Meek (l'une des marottes de la chanteuse de Broadcast, Trish Keenan) que de l'attaque compacte de Phil Spector. Au détour d'un disque appliqué à cultiver une identité proprement anglaise, Esquivel et Ligeti tiennent pourtant dans un mouchoir de poche, quand l'alternance des comptines et des berceuses aux longues plages instrumentales restaure la place primordiale de ce groupe qui eut le goût de réfléchir à l'héritage de John Barry, Krzystof Komeda et Ennio Morricone, au lieu de le sampler.