On a trop souvent présenté Broadcast comme une entité rétro-futuriste un peu guindée, alors que ce groupe fait en réalité du folk anglais comme personne, comme en témoigne I Found Thef, courte introduction rappelant la bande originale de The Wicker Man exécutée par Joy Division. Il aura pourtant fallu attendre ce délicieux troisième album pour que Broadcast trouve réellement sa vraie personnalité, tant mieux. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la chanteuse Trish Kennan : sa beauté, sa moue boudeuse, mais surtout sa voix oscillant entre l'austérité germanique de Nico et la candeur juvénile d'Alison Statton. Elle possède cette voix unique, blanche, anglaise, décidée, qui n'a aucun équivalent actuel pour passer de la froideur à l'angélisme avec un naturel confondant. Musicalement, un glissement progressif s'est effectué des notes basses vers l'aigu. Ces belles ondes fracturées sont le seul lien encore effectif avec les anciens dogmes électroniques de leur label Warp, et augmentent encore la capacité tubesque des petits motifs répétitifs et franchement obsédants d'America's Boy, le tout premier single. Alors que l'influence de Stereolab et de Can (dont l'ombre planait trop sur le précédent HA HA Sound) laissait souvent Broadcast aux frontières de la perfection, Tender Buttons représente enfin un aboutissement, à la fois esthétique et artistique. Et le parallèle avec Young Marble Giants n'est pas que le fait de guitares hypertendues et minimales. Le coup de grâce survient assez vite, quand la guitare parcimonieuse de Tears In The Typing Room se fond dans les notes bouleversantes d'un antique Mellotron. En fin de parcours, You And Me In Time et I Found The End proposent deux courtes conclusions élégiaques et légèrement inquiètes. Broadcast tient enfin ses promesses, ce qui n'est pas le moindre des sortilèges de cet album déjà inépuisable.