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Qu'il semble loin et révolu le temps où Brigitte Fontaine et son complice de toujours Areski Belkacem incendiaient les papiers peints fleuris et décrépis de la chanson française sous des jets d'essence libertaires cautionnés et chaperonnés par Pierre Barouh et son écurie Saravah. À cette époque, notre demi-clocharde céleste, toujours au fond des cafés, déjouait la bienséance en débutant un album par un cri monstrueux et ces paroles a capella : "Moi, je mange de la bouse de vache. Y a bien du pain blanc, mais c'est pour le patron". Avec un peu de recul, la décennie 70 reste un âge d'or créatif pour le duo qui publiait des albums lo-fi, expérimentaux et bouillants au souffle poétique sidérant. À ce titre, L'Incendie (1974) et Vous Et Nous (1977) sont des sommets de beautés blessées qui n'ont absolument rien perdu de leurs pouvoirs de fascination, toujours aussi iconoclastes et déchirants. Après un long passage à vide, Brigitte Fontaine réapparut dans le paysage hexagonal la boule à zéro, porté par le succès du Nougat, sucrerie délicieusement arabisante aux accents électroniques. Puis les médias se sont emparés de son image d'excentrique patentée pour la trimballer comme une bête de foire sur des plateaux télé où la stupidité et le conformisme de la plupart des animateurs tournaient immanquablement au dialogue de sourds consternant. Le problème de Libido, qui d'ailleurs en manque cruellement, est qu'il succède à son dernier chef-d'oeuvre en date de 2001, ce Kékéland en tout point royal, où une pléthore d'artistes (Sonic Youth, Noir Désir, Les Valentins...) servaient de révélateur (et de régénérateur) au génie punk de la dame. Malgré une visite en compagnie de Léo Ferré dans un Château Intérieur où joue un quatuor à cordes et les électrisants et provocants Cul Béni et Mister Mystère, le reste se révèle tristement autoparodique (Barbe À Papa, Mendelssohn...), voire involontairement comique comme sur La Viande (vous souvenez-vous du fictif Jean Méran incarné par Bruno Carette ?). Avec cette Libido qui dégringole sous nos yeux impuissants, il n'y aura cette année aucune érection présidentielle pour Brigitte Fontaine. Elle était pourtant notre candidate préférée.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #105


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Yacinthe - 15/01/2010 09:09
Pas d'accord du tout avec cette chronique : pourquoi toujours raccrocher Fontaine aux seventies ? Elle a évolué, c'est son droit : dommage qu'on cherche à la figer dans le temps ou dans un style. Elle a envie de s'amuser et de parodier la pop française yéyé dans "Barbe à Papa" ? Et pourquoi pas ? Vous avez écouté les paroles, Monsieur Bartel ? Vous avez compris de quoi ça parle, ce que vous croyez être une bête sucrerie ? Pas sûr. Pas sûr non plus que vous ayez percuté sur la charge anti-patriarcale de "Mendelssohn" ! Un disque, ça s'écoute avec les oreilles, bien sûr, mais aussi avec le coeur. Vous en manquez cruellement pour ne pas avoir reçu toute la révolte qui gagne encore le coeur de celle qui reste dans doute le dernier vrai poète de la chanson française...