Enfin ! Oui, enfin, ce collectif marqué par une conscience écologique qui ne confine pas au militantisme sectaire donne l'occasion de se réjouir du retour de la culture hippie dans le folk américain. Enfin, car on en aura supporté entre-temps, de ces bardes incapables et claquemurés dans leurs certitudes, à l'exemple des tentatives répétées et peu probantes de Vetiver. Mais le temps ne semble pas compter pour Brightblack Morning Light, groupe natif de l'Alabama caractérisé par un univers visuel digne de Boards of Canada. Son art du songwriting incantatoire se déploie sur des plages avoisinant les dix minutes, sans que le geste ne s'assimile à une obligation de reproduire les dogmes du progressif. Si l'on excepte Ry Cooder, It's A Beautiful Day, Edgard Winter ou le David Crosby en orbite de If I Could Only Remember My Name, Brightblack Morning Light est plutôt l'héritier de formations attachantes comme Acetone ou Opal, ce qui signifie qu'il se soucie également d'un certain effort de production. Porté par le son d'un Fender Rhodes particulièrement cool (un détail qui a son importance, dans la mesure où le hippie est rarement cool), ce premier album redonne ses lettres de noblesse à la notion de folk bucolique, pour jeter un pont entre les prairies et une musique plus urbaine. La référence discographique en matière de Fender Rhodes demeure d'ailleurs Light As A Feather (1972) du jazzman Chick Corea, un intitulé qui se jumelle bien aux principes de ce groupe débutant, mais capable de s'extirper du tipi où ses pairs se languissent sans état d'âme.