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Certes, l'éphèbe Conor Oberst est le prototype même de la tête à claques. Songwriter précoce, lyrique et écorché, tenancier d'un folk aux textes lourds de sens (l'homme a souffert), que sa voix chevrotante et chargée de pathos supporte tant bien que mal… l'unique leader de Bright Eyes prête aisément le flanc à la critique. Sauf que, depuis près de dix ans maintenant, Oberst a toujours su semer, au gré d'une discographie pléthorique, les chansons brillantes et suffisantes pour balayer rageusement les a priori, trouvant même avec ses deux derniers albums sortis simultanément une reconnaissance quasi-unanime. S'il est bien loin d'atteindre les sommets émotionnels du chef-d'œuvre affectif que fut le EP Don't Be Frightened Of Turning The Page (2001), Cassadaga pourrait néanmoins confirmer ce nouveau statut. Ces treize mélodies d'une sobriété exemplaire, empreintes d'un classicisme acoustique élégant enraciné dans le plus pure tradition country-folk américaine, rapprochent encore un peu plus Oberst de ses plus glorieux modèles (les violons embrasés du Desire de Dylan semblent avoir été greffés sur le single Four Winds, tandis que l'amour de berceuse qu'est Make A Plan To Love Me rappelle Leonard Cohen), ou le confrontent plus sûrement à ses évidents contemporains (M. Ward en tête). Le seul problème est que tout, ici, est destiné à nous faire avaler la fameuse antienne de la maturité assumée, les trémolos adolescents cathartiques et dénudés d'antan étant définitivement oubliés au profit d'une production lisse et d'arrangements presque trop parfaits. Trop beau pour être vrai ? Une fois encore, et notamment en réaction aux fumistes du néo-folk, Oberst bénéficiera du doute.
AnnA Lester
MAGIC RPM  #110


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