D’une certaine façon,
la vie de Brian Wison s’est arrêtée en 1966. Depuis plus de quarante ans,
l’auteur-compositeur s’emploie surtout à recoller les morceaux, à réparer ce
qui s’est brutalement brisé quand son cerveau a fondu sous la double poussée
des drogues et de la dépression. Obsédé par cet “avant” où il faisait encore
partie du monde, Wilson vit dans la nostalgie recomposée d’une période
imaginaire, un âge d’or fait des clichés que les Beach Boys maniaient avec une
incroyable souplesse : la plage, l’insouciance, les filles, les amours de
jeunesse et les voitures.
Il y avait sur son premier album solo, paru il y a vingt ans, une façon à la fois touchante et dérangeante de faire comme si. Les mélodies magnifiques singeaient parfois un entrain enfantin qui collait mal avec ce qu’on savait de la santé du compositeur. Dix ans plus tard, Imagination (1998) était encore plus embarrassant, malgré quelques chansons magnifiques. Pourtant, entre les deux, quelque chose de fondamental s’était mis en branle : une volonté de se réapproprier son œuvre (I Just Wasn’t Made For These Times, petit chef-d’œuvre paru en 1995, qui reprenait des morceaux des Beach Boys et quelques titres solo réarrangés comme il se doit par Don Was), mais aussi une envie de reprendre les choses là où elles s’étaient arrêtées avec l’avortement de Smile en 1967.
Bizarrement, cette envie s’est d’abord manifestée avec un disque que Brian Wilson n’a pas composé, le formidable Orange Crate Art (1995) écrit par Van Dyke Parks et interprété par l’ex-Beach Boys en chef. La suite est archiconnue : retour sur scène pour les concerts Pet Sounds puis réconciliation avec le serpent de mer Smile. Aujourd’hui, Lucky Old Sun fait directement écho à ce long trajet. C’est une réussite majeure, d’une richesse mélodique et orchestrale époustouflante. Harmonies vocales, piano, cordes, cuivres, percussions et soleil couchant, tout y est et rien ne dépasse. Ponctuées parfois par des petits intermèdes narratifs, les chansons exhalent un parfum capiteux et puissant : Forever She’ll Be My Surfer Girl, Live Let Live, Mexican Girl ou l’épique Oxygen To The Brain comptent parmi les grands moments d’un album envisagé comme un hommage à la Californie.
Wilson est entouré de musiciens chevronnés, pas des horribles requins de studio mais plutôt des amoureux du beau son, des arrangements qui tombent juste et du tempo magique. Des très bons qui peuvent plier leur art à des exercices de style ludiques (Goin’ Home, typique du son des Beach Boys) ou à des ballades amples et touchantes (Midnight’s Another Day). La production est magnifique, chaleureuse et enveloppante. Les textes ne projettent plus Brian Wilson dans un univers perpétuellement jeune et bronzé, mais le ramènent plutôt sur le terrain du souvenir. Les vertes années ont bel et bien existé.
Elles ont disparu. Les frères Wilson ont disparu. Sur la bouleversante Southern California, Brian évoque avec une justesse inédite cette jeunesse de rêve : “I had this dream/Singing with my brothers/In harmony, supporting each other (…)/It’s magical/Living your dreams/Don’t want to sleep, you might miss something/It’s magical/I’m glad it happend to me/Fell asleep in the band room/Woke up in history/Surfer silhouettes/The sun went into the sea/As we headed home/We drove into a movie/Love songs, pretty girls – didn’t want it to end/Tried to slow down the motion, so it can move us again”. La jeunesse est passée, mais son souvenir est éternel.
Il y avait sur son premier album solo, paru il y a vingt ans, une façon à la fois touchante et dérangeante de faire comme si. Les mélodies magnifiques singeaient parfois un entrain enfantin qui collait mal avec ce qu’on savait de la santé du compositeur. Dix ans plus tard, Imagination (1998) était encore plus embarrassant, malgré quelques chansons magnifiques. Pourtant, entre les deux, quelque chose de fondamental s’était mis en branle : une volonté de se réapproprier son œuvre (I Just Wasn’t Made For These Times, petit chef-d’œuvre paru en 1995, qui reprenait des morceaux des Beach Boys et quelques titres solo réarrangés comme il se doit par Don Was), mais aussi une envie de reprendre les choses là où elles s’étaient arrêtées avec l’avortement de Smile en 1967.
Bizarrement, cette envie s’est d’abord manifestée avec un disque que Brian Wilson n’a pas composé, le formidable Orange Crate Art (1995) écrit par Van Dyke Parks et interprété par l’ex-Beach Boys en chef. La suite est archiconnue : retour sur scène pour les concerts Pet Sounds puis réconciliation avec le serpent de mer Smile. Aujourd’hui, Lucky Old Sun fait directement écho à ce long trajet. C’est une réussite majeure, d’une richesse mélodique et orchestrale époustouflante. Harmonies vocales, piano, cordes, cuivres, percussions et soleil couchant, tout y est et rien ne dépasse. Ponctuées parfois par des petits intermèdes narratifs, les chansons exhalent un parfum capiteux et puissant : Forever She’ll Be My Surfer Girl, Live Let Live, Mexican Girl ou l’épique Oxygen To The Brain comptent parmi les grands moments d’un album envisagé comme un hommage à la Californie.
Wilson est entouré de musiciens chevronnés, pas des horribles requins de studio mais plutôt des amoureux du beau son, des arrangements qui tombent juste et du tempo magique. Des très bons qui peuvent plier leur art à des exercices de style ludiques (Goin’ Home, typique du son des Beach Boys) ou à des ballades amples et touchantes (Midnight’s Another Day). La production est magnifique, chaleureuse et enveloppante. Les textes ne projettent plus Brian Wilson dans un univers perpétuellement jeune et bronzé, mais le ramènent plutôt sur le terrain du souvenir. Les vertes années ont bel et bien existé.
Elles ont disparu. Les frères Wilson ont disparu. Sur la bouleversante Southern California, Brian évoque avec une justesse inédite cette jeunesse de rêve : “I had this dream/Singing with my brothers/In harmony, supporting each other (…)/It’s magical/Living your dreams/Don’t want to sleep, you might miss something/It’s magical/I’m glad it happend to me/Fell asleep in the band room/Woke up in history/Surfer silhouettes/The sun went into the sea/As we headed home/We drove into a movie/Love songs, pretty girls – didn’t want it to end/Tried to slow down the motion, so it can move us again”. La jeunesse est passée, mais son souvenir est éternel.