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Small Craft On A Milk Sea de Brian Eno

chronique d'album
Il est amusant de noter que Brian Eno fait son entrée chez Warp l’année même où une ancienne signature du label, The Black Dog, publie un album chez Soma, Music For Real Airports, qui désavoue entièrement les préceptes du gourou de l’ambient gravés sur Music For Aiports (1978). Loin pourtant de cette réponse du berger à la bergère, 2010 permet de retrouver un Brian Eno serein. Entièrement instrumental, coécrit avec ses cadets Leo Abrahams et Jon Hopkins, et improvisé en partie selon des règles apparemment déconcertantes, mais qui lui sont coutumières depuis son fameux jeu de cartes des Stratégies Obliques (1975) conçu avec Peter Schmidt, Small Craft On A Milk Sea voit le vieux prophète de la révolution digitale se jeter librement dans les bras de Warp. Les fans de la structure londonienne, espérons-le, décideront tout aussi librement du résultat au lieu d’écouter religieusement ces cinquante minutes pour se persuader du génie de cette association. En effet, contrairement à beaucoup d’autres, Eno n’a jamais voulu produire une musique qui se veut savante, mais qu’on a plutôt la possibilité de trouver parfois meilleure que ce qu’il pensait obtenir.

Brian Eno - Horse

Disque gentiment rétrospectif, entre plages trépidantes dans le style d’une bande originale de film un peu vulgaire et plages atmosphériques dans la lignée de l’album Apollo (1983), Small Craft On A Milk Sea rappelle que ce n’est pas tant la complexité ou la sophistication qui est en jeu, mais l’ouverture et la respiration des morceaux, l’envie de retrouver le plaisir de composer au lieu d’énoncer des théories. Ce disque de celui qui n’a jamais voulu être pris pour un musicien, encore moins un visionnaire, montre, comme à l’époque d’Another Green World (1975), et même s’il n’en possède plus les fulgurances primitives et belles, que pour lui ce n’est pas le nombre d’options qui compte avec un logiciel, mais le rapport qu’on entretient avec cet outil, seul ou comme ici avec d’autres, et comment on en tire des possibilités au lieu de se rendre prisonnier de la technique. D’où l’élan soi-disant enfantin de ce disque qu’il ne faudrait pas prendre pour du gâtisme simplement parce qu’Eno a dépassé les soixante ans.

Brian Eno - 2 Forms Of Anger
Brian Eno - Emerald and Stone
Julien Welter
MAGIC RPM  #147


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