Après une ou deux tentatives pour renouer sur le tard avec ses fantasmes
adolescents (l’épisode The Tears avec le revenant Bernard Butler) et un
premier album solo où la gonflette sonore et les élans glam l’emportaient
encore sur les quelques moments de dévoilement plus intimes, Brett Anderson
s’est enfin décidé à baisser les bras et à tomber les masques. Cette fois, c’en
est bien fini des poses flamboyantes et de la frime androgyne (les coups de
micro sur les fesses, le pied sur les amplis de retour) dont il était autrefois
coutumier.
Lui qui ne jurait que par les vertus de la fée Electricity débranche définitivement le courant et s’abandonne aux
délices des contemplations mélancoliques et dépouillées. En rupture de ban avec
l’industrie du disque et ses représentants, Anderson s’expose crûment, se
risque pour la première fois à composer lui-même textes et musiques (à
l’exception de deux collaborations avec Fred Ball, sans doute réchappées de son
premier Lp) pour un résultat qui, n’ayons pas peur des mots, constitue à la
fois un des plus grands albums de sa carrière et de l’année 2008.
Imaginez un
disque de Suede entièrement acoustique, presque totalement interprété avec une
guitare folk et un piano rehaussé de cordes discrètes pour seuls supports, et
composé de neuf ballades délicieusement mortifères, toutes de la trempe des Pantomime Horse ou The Living Dead d’autrefois : vous obtiendrez une idée, encore
trop faible mais déjà alléchante, des sombres merveilles ici accumulées.
Des
premiers accords de A Different Place
aux tonalités orientalisantes de Funeral
Mantra, en passant par la sensualité ténébreuse d’un duo avec Emmanuelle
Seigner (Back To You), tout ici
respire la beauté sereine et désespérée que seuls sont capables de convoquer
ceux qui, ayant abandonné leurs vaines illusions de gloire, savent désormais où
se tourner pour toucher à l’essentiel.