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Le visage est plus émacié que jamais, la mèche toujours là, avec une poignée de cheveux prématurément gris. Le regard est transperçant, bleu acier. Brett Anderson en 2010 impressionne plus que jamais par sa présence magnétique. Si Wilderness (2008) avait marqué par son dépouillement austère, Slow Attack revient à des sonorités plus chaleureuses, sans pour autant céder un pouce sur le terrain de la mélancolie et de la douceur. C’est un très grand disque, qui doit beaucoup à la collaboration avec Leo Abrahams, producteur et coauteur de ces chansons capiteuses arrangées avec un soin particulier. Le guitariste et arrangeur a travaillé avec Brian Eno et ne lâche pas Ed Harcourt d’une semelle depuis six ans. Il partage avec Brett Anderson un amour du folk anglais et des musiques atmosphériques, qui irrigue profondément ce troisième album solo.

Riches en cuivres, vents, cordes et piano, les ballades  déploient des mélodies somptueuses portées par le chant très expressif de l’ex-Suede. On pourrait citer chacune des onze merveilles du disque, tant la qualité d’écriture est élevée et constante, parfois calée sur les rails d’un classicisme digne (sublimes Julian’s Eyes, Hymn ou Wheatfield, qui évoque le folk anglais des années 70), parfois décalée vers les chemins défrichés autrefois par Mark Hollis (subtils arrangements atmosphériques de Pretty Widows, The Swans ou Ashes Of Us). Comme son titre l’indique à merveille, Slow Attack dévoile ses charmes insidieusement, prend le temps de la séduction mais sa réussite est éblouissante et sans appel. Tandis que court la rumeur d’une reformation imminente de Suede, elle confirme que Brett Anderson est solidement ancré dans le présent.
Vincent Théval


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