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Red, Yellow & Blue de Born Ruffians

chronique d'album

Où il est question de tendresse et d’hystérie. Red, Yellow & Blue est une ribouldingue cyclonique, métronomique sur la forme et débraillée sur le fond, qui happe ses victimes avec minutie. Rythmiques, voix, guitares, paroles et sentiments virevoltent ainsi en plein siècle, délestés de toute gravité via la magie de trois gosses qui strient les esprits comme des enfants éraflent le tableau noir pour attirer l’attention et susciter la tension. Placée en ouverture, la chanson-titre, languide et psalmodiée, figure le calme avant que Barnacle Goose ne fasse feu de tout bois, et déclenche l’orage qui ne cessera plus de gronder.

Criarde par son chant haut perché qui hurle à la lune et ses riffs en ferrailles délivrés au compte-gouttes, rendue cinglante par la production brutale de Rusty Santos et un minimalisme instrumental aiguisé, la musique de Born Ruffians s’assimile à du post-folk aride mais addictif, à une pop exubérante mais osseuse dont les mélodies s’épanouissent au bon vouloir d’une batterie aussi impériale que la baronne, et de vocalises tantôt dédoublées, tantôt yodlées, tantôt mitraillées. Comme si Geologist et Avey Tare (Animal Collective) s’étaient faits bouter hors d’Animal Collective par le jeune David Byrne et Alec Ounsworth (Clap Your Hands Say Yeah!). Tels des Violent Femmes infantilisées ou des Vampire Weekend décharnés.

Mais à force d’exulter sur les barbelés, on finit par se couper. Les saignements textuels parviennent alors à caresser les cœurs dans le sens de la douleur, à l’instar de ce Little Garçon qui ulule à la douceur d’un amour immature sur une acoustique éclairée, doublée d’un harmonica éclairant. Et lorsque I Need A Life supplie la floraison d’une passion salutaire au prix d’une détonation finale à l’électricité cathartique, Kurt Vonnegut commence par une cavalcade sans oeillères et se termine par une incantation en détresse dédiée à l’être aimé. Douées de mots aptes à sublimer la vulnérabilité, et chargées d’espérance, ces trois chansons sont à l’image du potin anguleux balancé par Born Ruffians : candides et espiègles, tendres comme l’étreinte et poignantes comme la rupture.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #121


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