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Interview Bonnie ‘Prince’ Billy / 1998
archive mag janvier 1999
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En 1998, après six années d'un activisme forcené mené sous pléthore d'identités, le déjà mystérieux Will Oldham réalisait I See A Darkness, un album vertigineux sorti cette fois sous le pseudonyme de Bonnie “Prince” Billy. Entretien d'époque où il est question de masturbation, des Marx Brothers, de Dion ou d'Oum Kalsoum.
Par Joseph Ghosn, in magic #26
Depuis cinq-six ans, les chansons de Will Oldham nous accompagnent. Le mot n'est pas trop mal choisi : ce sont là bien plus que de simples ritournelles vite écoutées, vite dépassées, vite oubliées. Bien au contraire, chaque disque et chaque morceau de Will Oldham ont su trouver leur juste place, quelque part entre l'oreille et le cœur. C'est ainsi que, régulièrement, on se surprend à remettre sur la platine, sur l'ouvrage même, l'un ou l'autre de ses albums ou singles. Et, à chaque fois, se produit le même phénomène, la même genèse renouvelée : oubliées les pseudo-masturbations post ou pré électro-rockisantes, aux oubliettes les branchitudes d'une demi-journée et les vraies fausses idoles d'une soirée trop arrosée… Ici, on sait bien qu'aucun charlatanisme n'est pas à l'œuvre, qu'aucun mot n'est trop déplacé, jamais trop juste, jamais assez faux. Et cela, on l'a appris il y a belle lurette, avec la découverte de Ohio River Boat Song, There Is No One That Will Take Care Of You, Days In The Wake et An Arrow Through The Bitch, respectivement premier single, premiers albums et premier Ep sortis sous le nom de Palace Brothers. Ces disques, pris dans leur ensemble, mettaient à nu un talent incommensurable, rarement rencontré.
Intrigué, on imaginait derrière toutes ces chansons, un esprit torturé, sombre et nageant dans les eaux troubles d'un autisme de mauvais aloi. La légende qui se constituait autour du bonhomme ne faisait rien pour démentir ces impressions. Concerts en solo, plutôt piteux et en état d'ivresse, réputation de tête de mule, refusant toute prise de parole, trop effrayé par la vie, trop vite réfugié dans une musique par trop castratrice, prise entre les référents les plus inconfortables. Chez Will Oldham, on a, en effet, croisé un semblant d'inceste pseudo fantasmé, une foi empreinte d'une mythologie biblique digne des meilleurs moments de ces prêcheurs itinérants que l'on imagine, hagards, solitaires en diable, parcourant la Bible Belt. Enfin, on y a rencontré une fascination explicite, mi-adolescente, mi-adulte, pour une sexualité effrénée, notamment au regard (et à l'écoute) du très bel album Arise Therefore, chef d'œuvre incontournable : jamais le terme “fuck” n'avait connu meilleur emploi, jamais personne n'avait réussi à conjuguer avec autant de précision sincère, humour et… masturbation (You Have Cum In Your Hair And Your Dick Is Hanging Out).
RÉDEMPTION
Trop adulé, voire trop fantasmé, mais aussi trop effrayant, presque trop “taré”, Will Oldham en est devenu un mythe intouchable, une quasi-chapelle ardente qui, régulièrement, remet en cause nos croyances les plus dures, nos charts les mieux formatés. Cette année encore, sous l'appellation de Bonnie “Prince” Billy, il livre un I See A Darkness tout en contrastes, comme si les demi-teintes étaient, pour lui, une seconde nature. Pourtant, ce qui, à la simple écoute, peut sembler d'un naturalisme effrayant de facilité, relève bien d'un long processus de transformations tant humaines qu'esthétiques. Un peu comme si tous les disques de Will Oldham ne formaient qu'une perpétuelle confession, menant à cette rédemption si souvent clamée dans le gospel et la country, ces genres bruts qui, sans doute, fondent une partie de la matrice de la musique d’Oldham et qui, en tout cas, formaient déjà l'essence même de son premier album, There Is No One….
Aujourd'hui, que représente ce premier album pour toi ?
Qu'est-ce qu'il représente ? hum… Je n'aime pas cette pochette ! Elle est horrible. Il en existe une deuxième version, bien meilleure. D'ailleurs, je ne sais même pas si ce disque est encore disponible. Ce label, Big Cat (ndlr. label anglais sur lequel est sorti le disque en Europe) est atroce, les gens qui le dirigent sont d'horribles personnages… Je crois que le contrat expire bientôt et qu'il pourra sans doute être réédité par Domino… Qu'est ce que ça représente ? Hum… C'était… très important, très difficile, sans doute le disque le plus difficile à réaliser, extrêmement éprouvant. La situation était très intense. Tous les disques que j'ai faits représentent des périodes de très forte intensité mais celui-ci l'est sans doute davantage que les autres. Il existait entre les musiciens des relations très intimes, très fortes. Nous partagions tous une connaissance profonde des capacités et limites de chacun. Les chansons, on les a trouvées dans les poubelles, ou quelque chose comme ça… L'écriture du disque était une expérience très facile, très satisfaisante. Mes journées étaient très bien structurées. C'était très routinier. Les jours se ressemblaient tous : je me levais vers 6 heures, j'allais travailler dans un jardin, ensuite, vers 16-17 heures, je m'endormais durant deux ou trois heures, puis, après avoir dîné, je regardais un film et puis, je me mettais à travailler, à répéter, tard dans la nuit. Enfin, je me masturbais et j'allais me coucher. Et ça, c'était très important.
Qu'est-ce qui était important ?
La masturbation. Je savais qu'il fallait que je garde la forme si je voulais continuer à avoir une vie sexuelle à 60 ou 70 ans. C'était une question de discipline, il fallait que j'éduque mon corps et, de toute manière, j'étais trop occupé pour avoir une relation suivie avec quelqu'un. Et puis, j'étais dans un endroit un peu paumé, trop loin des gens que je connaissais. Tout ce travail se ressent dans l'album. À l’époque, c'était là les meilleures chansons que je pouvais écrire. Se masturber n'était pas vraiment un plaisir, c'était plutôt une pratique, un exercice, exactement comme écrire des chansons qui, de toute façon, ne sont jamais complètes tant qu'il n'y a pas une forme définitive, un contenant plutôt qu'un contenu. Ce n'était pas une fin en soi, ce n'était qu'un moyen. Mes visions de la masturbation et de la composition étaient bien liées, à l'époque.
Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui, tout cela a changé. Les chansons font davantage partie d'un tout, qui se déroule quotidiennement. Une chanson, c'est une manifestation de la vie. Mais pas de la vie passée, plutôt du processus de la vie en devenir. En d'autres termes, une chanson est essentiellement une fraction d'une journée, elle en fait partie. Ce qui, dans la pratique, revient à tenter de composer une chanson à partir des éléments les plus épars d'une même journée. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'exister à l'intérieur du format d'un morceau… Les compos de There Is No One What Will Take Care Of You sont probablement les plus traditionnelles. Cela relevait de la tradition parce que certains titres étaient essentiellement destinés, à l'époque, à mon apprentissage de l'écriture musicale. Et puis, une fois tout cela assimilé, j'ai eu l'impression d'avoir appris un nouveau langage et que je pouvais en faire usage à ma manière. Ce n'est pas facile d'apprendre une langue. Il faut vivre dans le pays pour cela. Mais j'aimerais bien apprendre une langue qui aurait un alphabet différent, comme l'arabe par exemple. Je crois que cela me permettrait d'avoir des idées différentes, en changeant les structures de mon écriture.
OUM KALSOUM
L'écriture. Voilà un terme qui sied à merveille aux disques de Will Oldham. En effet, à l'écoute de sa discographie bien fournie, on se rend rapidement compte que, depuis les premières exactions commises sous le sobriquet de Palace Brothers jusqu'à celles de Bonnie “Prince” Billy, se dévoile une écriture peu égalée, subtile et toujours changeante, mêlant et démêlant des registres et des formats variés et à chaque fois renouvelés, tant au niveau de la musique qu'à celui des paroles.
De quelle façon les paroles cohabitent-elles avec la musique ?
Eh bien… Je vais te donner un exemple… J'ai récemment visionné une vidéo sur Oum Kalsoum, la chanteuse égyptienne. Dans ce documentaire, quelqu'un disait que dans la culture arabe on définissait la musique instrumentale comme une musique silencieuse. Une musique sans paroles est une musique silencieuse. Pour moi, de la musique sans chant, et sans mots, n'est pas vraiment de la musique. Ce serait inécoutable. Ça n'existe pas, une musique sans voix, cela ne représente rien, même si travailler avec des mots est différent du travail proprement musical. La musique a tendance à être répétitive tandis que les paroles peuvent se transformer, s'étirer… Elles n'ont pas de format prédéfini…
Pourtant, tu as enregistré des morceaux instrumentaux, comme sur le single, Little Joya…
Oui, tout à fait. Mais ces deux instrumentaux étaient destinés à entourer Joya. Ils en formaient l'écrin, ils lui donnaient toute sa dimension, en palliant l'absence d'arrangements spécifiques, parce que ce morceau était très important pour moi. Il représentait toute l'idée de l'album du même nom.
DÉMONS
Cet album, Joya, sorti sous le nom même d’Oldham, précédait I See A Darkness, et surprenait par une ambiance plutôt sereine, quasiment épurée de toute la tension fragile qui caractérisait les quatre ou cinq disques précédents, comme si Will Oldham avait enfin surmonté, vaincu ses démons intérieurs.
Joya est différent de Hope, Viva Last Blues ou Arise Therefore…
Joya était une déclaration d'intention relative à l'état d'esprit auquel j'étais parvenu. J'allais dans une direction nouvelle. Je savais que je perdais, en partie, ma foi. Quelque chose de nouveau se produisait. Je voyais la vie différemment. Même si, dans le fond, je savais que je restais le même. C'est ce que le morceau I'm Still What I Meant To Be signifie. C’est-à-dire que même si les choses ont changé, il n'y a rien de mal à cela. Je suis arrivé à me dire que mes moments d'angoisse ou de colère étaient injustifiés : j'ai des amis, une famille, des chansons. Je me suis rendu compte que tout allait bien et, à mes yeux, Joya devait prouver et officialiser cela.
Si Joya est une forme de rédemption officielle, comment comprendre I See A Darkness ?
C'est une post-preuve. (Rires.)
Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Plutôt bien… On est allé enregistrer dans le Kentucky, avec mon frère Paul à la basse et Pete Townsend à la batterie. C'est le premier album, depuis There Is No One…, à avoir été complètement enregistré là-bas, là où j'ai grandi, dans une ferme. On vivait dans la maison même où se faisait l'enregistrement. C'était totalement isolé, en pleine campagne. C'était assez marquant de ne plus être dans un studio, de ne pas avoir à payer pour le temps passé à travailler. Ça a créé une atmosphère très propice, très intense. Je pouvais travailler mes parties tout seul, toute la nuit, pendant que les autres allaient boire un coup. On pouvait, comme ça, vraiment étaler, disséquer tout le processus habituel d'un enregistrement d'album. Nous avons accordé nos instruments beaucoup plus bas que d'habitude, pour parvenir à avoir un son vraiment bas et calme. Tout cela s'est étalé sur une période de cinq à six semaines. On enregistrait sur des petites périodes, et une fois toutes les bases enregistrées, un pianiste et un guitariste sont venus compléter les arrangements.
Les thèmes de l'album restent plutôt sombres…
C'est ce qu'on dirait mais je crois que cet album a quelque chose que les autres n'offraient pas. Il est plus drôle. Après Joya, j'ai réalisé que je n'étais pas perdu, pas condamné. A un moment, je pensais vraiment l'être. Je pensais sincèrement être condamné à aller en Enfer. D'ailleurs, j'avais l'impression d'y être déjà. J'étais perverti, fou et égoïste. Aujourd'hui, tout cela est dépassé.… Maintenant, je suis au Paradis, et c'est plutôt pas mal. Le soleil est tout le temps radieux, même quand il ne brille pas réellement… Je vois une femme passer dans la rue, elle marche. Tout est… semblable à une gueule de bois permanente, c'est tellement plaisant d'avoir la gueule de bois… On voit les choses différemment. En fait, ce disque est comme une version paradisiaque d'un endroit horrible, un peu comme la série télévisée Adams Family. Malgré leurs côtés monstrueux, c'est une famille très bien, très amusante, agréable à vivre.
A ce propos, d'ailleurs, tes morceaux sont fortement marqués par une ironie latente…
Quand j'étais gosse, j'ai vu la moitié des films des Marx Brothers. L'autre moitié, je l'ai vue à Paris où j'ai habité pendant quelque temps. Certaines choses peuvent être très marquantes et les Marx Brothers m'ont énormément marqué, ne serait-ce que dans leur manière de vivre et de se présenter comme des frères. Je pense que tout cela se retrouve dans mes chansons. De manière générale, la seule façon de maîtriser une situation est de la rendre ridicule, voire de se rendre aussi ridicule qu'elle. De toutes façons, toutes les situations sont ridicules. Plus quelque chose a l'air inévitable ou embarrassant, et plus, en fait, c'est ridicule.
CHARLIE CHAPLIN
A entendre Will Oldham parler ainsi, on comprend mieux toute l'ambiguïté qui règne dans ses compositions, maniant, pince-sans-rire, avec une dextérité insoupçonnée, les références les plus incongrues et inattendues. Rescapé d'un enfer personnel, et sans doute ressuscité sous la forme de Bonnie “Prince” Billy, Will Oldham semble avoir cristallisé toutes ses inhibitions mais aussi toute son ironie dans son nouvel album qui, empreint d'un élégant détachement, rappelle certaines productions fleurissantes des années 60 et 70, entre Tim Hardin et Dion.
A l’écoute de certains morceaux de I See A Darkness, on songe parfois à un album de crooner…
J'adore les albums de Dion par exemple, mais je crois que, dans ce disque, il y a davantage de recul par rapport aux thèmes et aux chansons, que dans ceux de Dion. La différence est aussi que j’ai fait tout le disque moi-même. Je ne me contente pas de chanter ou de jouer. Il n'y a pas de producteur pour me dire de faire ceci ou cela, de chanter telle chanson et non telle autre. Cela nécessite un positionnement différent. Je vis avec les chansons, je suis littéralement assis à côté d'elles. Un album forme un tout : les chansons, son apparence extérieure. Tout cela devrait, idéalement, évoquer un même imaginaire, un même espace, un même monde dans lequel on pourrait entrer à volonté, en écoutant le disque, en le regardant.
Tu utilises de plus en plus des jeux de mots, par exemple sur A Minor Place…
Les mots sont très importants. Mais je ne fais pas vraiment de jeux de mots. Il faudrait plutôt parler une manière de jouer avec les différents sens d'un mot… Sur ce disque horrible, sorti récemment par Billy Bragg en hommage à Woody Guthrie, il y a un morceau intitulé Way Down Yonder In The Minor Key qui est une belle image mettant sur le même plan une clé musicale et un endroit. J'ai trouvé ça plutôt intéressant et touchant. C'était un peu comme ce morceau du premier album, O Paul, qui pouvait être phonétiquement compris soit comme une référence à l'opale, soit comme un appel à Paul… Dans A Minor Place, c'est un peu le même jeu qui consiste à faire appel, simultanément, à toutes les significations du terme minor (mineur). C'est un peu pour ces mêmes raisons que j'apprécie Chico et Groucho Marx. Leur maniement de la langue est vraiment exceptionnel. C'est sans doute aussi pour cela que je n'aime pas du tout Charlie Chaplin !
As-tu l'impression que ton écriture, que tes méthodes de composition sont désormais très arrêtées, complètement définies ?
Non, je ne crois pas… Je n'ai pas une manière unique et confortable de procéder. J'ignore ce qui va sortir en écrivant. Ne serait-ce que parce que j'ai quatre écritures différentes. Je ne sais jamais à quoi vont ressembler mes mots, sur le papier. C'est très étrange, c'est toujours une surprise. Comme s'il était impossible de réellement savoir qui je suis, tel jour, avant d'avoir écrit une phrase. Et puis, je n'arrive jamais à savoir quelle sera la forme même de ce que je vais écrire : est-ce que ce sera une phrase directe ? Ou alors de simples mots enchaînés, enchevêtrés les uns les autres ? Sur cet album, il y a des choses très directes, comme le morceau I See A Darkness, ou alors d'autres, plus symboliques, impressionnistes presque, comme Knockturne. Sur ce morceau, d'ailleurs, il ne s'agit même plus de langage parlé, il faut voir le mot écrit pour en comprendre toutes les significations. L'important, de toute manière, est de parvenir à ne pas réécrire plusieurs fois la même chanson…
Sur I See A Darkness, tu tentes de chanter différemment, notamment sur Raining In Darling.
J'aime beaucoup ce titre. Il est très agréable à jouer, notamment sur scène. En fait, j'apprécie de plus en plus le chant. A l’époque du premier album, ma voix était catastrophique, dans un très sale état. J'avais passé tellement de temps tout seul, sans personne, sans même essayer de chanter tout seul.
KRAMER
Des évocations de la récente tournée US ne manquent pas de ranimer le souvenir d'un concert magique, durant lequel, en 1995, on a cru voir, deux heures durant, un hybride de Lou Reed et Bob Dylan menant à la baguette un fantôme de Creedence Clearwater Revival électrisé jusqu'à l'os, chantant à tue-tête, le nez dans le volant, sa fascination pour Le Grand Meaulnes. L'Arapaho, et Paris, ne s'en sont jamais vraiment remis. A l’époque, Will Oldham jouait avec la même formation que l'on peut entendre sur le single West Palm Beach/Gulf Shores, aujourd'hui disponible sur la compilation Lost Blues…
Pour beaucoup, ce single représente un peu toute l'essence de ta musique, ce que tu as pu faire de plus abouti…
Je me souviens qu'à l'époque je vivais à Chicago, avec une femme. Je lui avais joué le début de West Palm Beach et elle avait trouvé ça horrible, stupide. Mais je ne me suis pas laissé influencer. J'ai profité d'une journée de studio, au cours d'une tournée, pour enregistrer ces deux morceaux. Je savais que je voulais que ces deux chansons, bien plus que toutes les autres, soient réellement capables de vous transporter physiquement. J’avais un modèle en tête, il s'agissait de Jimmy Buffett, un chanteur américain quasiment inconnu en dehors des Etats-Unis où il est pourtant une véritable star. Il remplit encore aujourd'hui des stades entiers, plusieurs soirs de suite. Sans avoir eu un seul hit depuis au moins quinze ans… Il parvient, en chantant, à faire oublier tous les problèmes et les soucis quotidiens, même si, en fait, c'est un très mauvais chanteur ! Certaines de ses chansons ne sont pas trop nulles et de toute façon, en grandissant aux Etats-Unis, on ne peut pas y échapper, il passe tout le temps à la radio… En fait, j'avais dans l'idée de faire un peu la même chose. Et j'avais envie de travailler avec Kramer. Je le savais capable de produire de très bonnes choses, il avait travaillé sur un excellent single de Royal Trux. Je me souviens bien de cette journée en studio, c'était une très belle journée, l'enregistrement s'est vraiment bien déroulé. Je crois que ces deux chansons, avec aussi Apocolipse, No! sur Joya, sont les plus narratives que j'ai pu écrire. Chacune d'entre elles raconte une histoire, en entier, relate un monde à part, dans lequel on pourrait facilement s'immerger.
NICOTINE
De There Is No One… à I See A Darkness, en passant par West Palm Beach, le parcours de Will Oldham est plus qu'exemplaire : jonglant avec ses démons intérieurs les plus inhibants, il est parvenu à bâtir une œuvre singulière. Cependant, pour beaucoup, il conserve une réputation peu glorieuse, même si digne des grands personnages du rock…
Tu ne te sens jamais emprisonné dans un personnage ?
Si, parfois. Mais, lorsque je me sens prisonnier de quelque chose, je tente de m'en sortir, en changeant mes perspectives. Je bois, je marche ou alors je dépense un peu d'argent. C'est très important d'avoir un peu d'argent à dépenser, ne serait-ce que pour se changer les idées, pour pouvoir s'intoxiquer. Quand on se sait prisonnier, le cerveau fonctionne mal, et alors, prendre un intoxicant permet de remettre les choses en place. Parfois même une bouffée de cigarette permet tout cela. La nicotine est un bon intoxicant. Parler est aussi une bonne manière de tenter de s'en sortir, tout comme prendre le temps d'écouter un disque…
Comment perçois-tu le futur ?
Je n'en sais rien… Je n'ai pas écrit une seule chanson depuis deux mois. La dernière chose que j'ai pu faire, c'était un morceau pour la BO de ce film français, qui vient de sortir, Quelque Chose d'Organique, même si mon morceau n'apparaît que sur le Cd et pas dans le film. Je crois qu'il y a été remplacé par un extrait du mini-album Hope… De toute façon, après avoir terminé un album, il est important de pouvoir ne rien faire et attendre…
Joseph Ghosn
article extrait de :
MAGIC RPM #26
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