On se
demande parfois si sa surproduction actuelle ne cache pas chez Will Oldham une
saine peur de la mort. Jugez plutôt : quatre albums en deux ans (ce qui
n’étonnait personne dans les années 60), dont le fantasque The Brave And The Bold (2006), album de reprises enregistré en
compagnie de Tortoise.
Alors, pour ménager notre intimité, on s’est permis de
rester à distance, de ne plus se perdre dans ses disques comme on le faisait
depuis quinze ans, de ne les regarder que de loin, tout en en picorant ici ou
là quelques perles. Comme pour certains auteurs russes, on se disait qu’on
prendrait le temps plus tard. D’autant que le redoutable Superwolf (2005), composé avec Matt Sweeney, nous avait laissés sur
le carreau, et notre couple d’alors avec.
Par curiosité alors, plus que par
nécessité, on jette une oreille sur ces enregistrements réalisés pour la BBC à
Edimbourg, sachant l’homme capable de splendeurs mémorables sur scène, comme en
atteste Summer In The Southeast
(2005). On ne se fâchera pas à vie pour autant, pas pour si peu, mais ce disque
décevant ne propose qu’une relecture paresseuse des grands classiques du
bonhomme (A Minor Place, Arise Therefore, New Partner, My Home Is The Sea), interprétés en compagnie d’un
ensemble de folkeux délicat jusqu’à la mièvrerie. Paresseux surtout, à l’aune
du folk rock britannique, dont on sait le gars friand. On aurait pourtant payé
cher pour que l’électrique prenne le pas sur l’acoustique, que Bonnie ‘Prince’
Billy revisite, en ces terres précisément, ses morceaux à la manière de
Fairport Convention ou de l’Albion Country Band cher à Shirley Collins.
On a
beau reconnaître les chansons, les aimer toujours, on s’empourpre de l’inanité
du propos, de la vacuité de la discussion. D’ailleurs, on ira même jusqu’à se
prendre le bec sur certains détails (en particulier des chœurs féminins, aussi
omniprésents que pesants). Un coup dans l’eau (du Loch Ness), ce n’était
simplement pas le bon jour pour nous revoir.