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Cela fait déjà belle lurette que Will Oldham suscite, y compris chez ses fans de la première heure, des sentiments ambivalents où l’admiration pour son incontestable talent de songwriter se mêle d’un certain agacement devant une surproduction pléthorique et pas toujours bien inspirée. Susceptible de redorer ponctuellement son blason de membre émérite du panthéon folk, il ne se montre bien souvent capable que d’engendrer au mieux une indifférence morne, au pis une violente pulsion d’entartage.

Beware
, troisième album publié depuis mai 2008, fait plutôt pencher la balance du bon côté. S’éloignant radicalement de la veine minimaliste et tragique qu’il semble avoir désormais largement épuisée, le barbu dégarni joue la sécurité en renonçant à bouleverser pour mieux divertir. À l’instar de Sings Greatest Palace Music (2004), consacré à la réinterprétation nashvillesque de quelques-unes de ses meilleures chansons, Beware apparaît comme un bon album de country rock, classique et dépourvu de fioritures. Délaissant sa salopette de péquenot appalachien pour revêtir l’un de ces nudie suits flamboyants qu’affectionnait Gram Parsons, Bonnie ‘Prince’ Billy roucoule donc sur fond de pedal-steel et de chœurs franchement kitsch.

Et même si un bref coup d’œil au tracklisting suffit à se convaincre que l’angoisse existentielle et le désespoir amoureux couvent toujours sous ces dehors chatoyants (Death Final, You Don’t Love Me, You Are Lost, etc.), Will Oldham semble s’abandonner, une fois n’est pas coutume, aux joies communicatives et sans prétention du jeu collectif. Plaisant et encourageant.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #129


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